Les années 1980 suscitent toujours une vive nostalgie. Entre regrets, admiration et inspiration, cette décennie continue d'influencer la culture populaire. Les DJ Philippe Corti, 67 ans, et Yann Muller, 35 ans, tous deux originaires du Sud, vont animer l'été 2026 avec leurs mixes puisés dans le riche répertoire des années 80. Ils expliquent pourquoi cette musique reste intemporelle.
Pourquoi la musique des années 80 est-elle indémodable ?
Philippe Corti : « Les années 80 sont associées à des noms et des visages. À partir des années 90, la consommation est devenue permanente avec l'arrivée des chaînes musicales. Les gens allaient chez le disquaire selon leurs goûts, puis tout s'est perdu. Aujourd'hui, demandez à un jeune le titre d'une chanson techno, il ne le connaît pas. Quand les gens voient Bob Sinclar, ils le filment ; David Guetta fait un concert derrière les platines, lève les bras et mixe sans les mains, mais c'est plutôt un feu d'artifice. Stevie Wonder ou AC/DC, ce sont des chanteurs. Tout le monde jouait le jeu : Madness, The Cure, il y avait toujours une nouveauté. Dans les années 80, c'étaient des musiciens, pas des techniciens de l'ordinateur. »
Yann Muller : « Il y a actuellement une grosse mode de l'afro-house et de la techno, mais les gens ont aussi envie de musique qui rassemble, celle de nos parents et des jeunes. Tout le monde connaît les années 80 : c'est festif, ça réunit, ça fait du bien avec les temps qui courent et les drames que l'on voit à la télé. Je réécris tous les morceaux, je rejoue les instruments un par un, j'analyse beaucoup. Mélodiquement, c'était une autre époque. Les sonorités sont très joyeuses, solaires, il y avait beaucoup d'instruments, c'est ce qui me plaît. Les années 80, c'est aussi beaucoup de live, même sur les CD. »
La nostalgie des années 80
Philippe Corti : « La musique a toujours été liée à une émotion ou à un souvenir. Je peux ne pas aimer Julien Clerc, mais ma sœur l'écoutait tout le temps et quand je l'écoute, ça me rend heureux, ça me rappelle mon enfance et ma sœur disparue. Les gamins, pendant longtemps, n'ont pas eu de repères, et c'est la musique de leur enfance parce que leurs parents l'écoutaient. Ils redécouvrent ces morceaux, et les adolescents, ce sont les grands-parents qui leur font écouter ça. »
Yann Muller : « Moi, mon enfance, c'étaient les longs trajets entre Nice et Metz, 10 heures de voiture. C'était l'époque des CD et on n'en avait pas beaucoup, donc on écoutait toujours les mêmes : France Gall, Michel Delpech, Goldman, etc. On avait des auteurs exceptionnels. J'ai toujours été attiré par cette musique, et j'ai aimé jouer devant un public plus âgé. J'ai commencé dans les restaurants, où le public est plus connaisseur. Il fallait les surprendre, leur faire lever la tête avec des morceaux qui les touchaient. Aujourd'hui, ce dont je suis le plus fier, c'est de réunir des familles entières : parents, enfants, grands-parents. »
Les titres emblématiques des années 80 selon la rédaction
Le podium de la rédaction : Gilbert Montagné pour Philippe Corti, Desireless pour Yann Muller. Mais quel est le titre français emblématique des années 80 ? La rédaction a été sondée. Le groupe Téléphone arrive en tête avec « Ça, c'est vraiment toi », devant Jeanne Mas et son « En rouge et noir », tandis que Niagara et « L'amour à la plage » monte sur le podium. Trust et « Antisocial » ainsi que Gold et « Plus près des étoiles » sont proches.
Un concert événement au Grau-du-Roi
Philippe Corti et Yann Muller joueront ensemble le 2 août aux arènes du Grau-du-Roi. « Ça a tellement cartonné l'année dernière, c'était hors du temps, qu'on a voulu le refaire. Avec l'ancien et le nouveau : Philippe qui a toujours représenté ces années 80 et moi le nouveau jeune qui l'incarne, tout le monde ne nous parle que de cette soirée... C'est la musique que j'aime, les critiques disent que c'est du réchauffé, oui c'est vrai, mais ça plaît, pourquoi s'arrêter ? » explique Yann Muller. Philippe Corti ajoute : « On le refait et je suis le seul à pouvoir jouer les originaux, mais je ne ferai pas l'affront de jouer l'original des Oies sauvages ! »
Interrogés sur leur titre français définitif pour incarner les années 80, Yann Muller choisit « Voyage, Voyage » de Desireless, tandis que Philippe Corti cite « On va s'aimer » de Gilbert Montagné et « Une autre histoire » de Gérard Blanc.
Les stars des années 80 à l'honneur cet été
Le groupe Gold se produit le 29 juillet aux arènes du Crès (Hérault). Le 18 août, les arènes du Grau-du-Roi accueilleront l'orchestre Richard Gardet, avec chanteurs, danseurs et musiciens. « Gardet joue tous les classiques : Born to be alive, les Démons de minuit, etc. Pour le public, ça rappelle de bons souvenirs, ça plaît aux jeunes et aux moins jeunes, les mélodies, le côté festif. Les années 80, c'est un état d'esprit, tu n'es pas là pour te battre mais pour t'amuser », souligne Vincent Ribera, le producteur. « Les gens ont besoin de repères et ce n'est pas “daté” comme disent certains jeunes, ça continue à Saint-Tropez comme à Montpellier. »
Enfin, le mercredi 17 juin sur W9 (à 21h25), un documentaire inédit « Stars 80 : l'histoire d'un phénomène culte » plonge dans les coulisses de ces concerts lancés en 2006, avec 4000 dates réunissant les gloires de la chanson française des années 80 (Jean-Pierre Mader, Julie Pietri, Patrick Hernandez, Image, Sabrina, Gold, Jeanne Mas, Début de soirée...). « Ils sont devenus une vraie troupe embarquée dans une aventure collective hors norme », note la production. Le documentaire explore les raisons de cet engouement et pourquoi la nostalgie fait recette.



