André Ceccarelli à Pau : un monument de la musique fête ses 80 ans avec passion
À l'occasion de son étape paloise pour deux concerts déjà quasi complets, portrait d'un musicien légendaire qui a traversé la variété, le jazz et les légendes, sans jamais perdre le swing. Il s'en amuse à moitié : « Oh, il ne faut pas trop y penser… » En janvier, André Ceccarelli fêtait ses 80 ans. À Pau, où il se produira au sein du quintet du saxophoniste italien Stefano Di Battista, il arrive à la fois humble et plein d'enthousiasme, fidèle à son style : « Je poursuis ma route enchantée. »
Une masterclass comme moment de transmission
En bonus, une masterclass est prévue : « Ce ne sera pas une démonstration de batterie, mais surtout un échange. » Un moment de transmission autour d'une carrière exceptionnelle, mue par un seul moteur : « Être passionné. En fait, on n'a besoin de rien d'autre. » Cette trajectoire commence en 1962. André Ceccarelli n'a pas 17 ans. Élevé par ses grands-parents dans les hauteurs de Nice, « au paradis », il fait ses classes au conservatoire et s'initie à la batterie, « comme tous les garçons de la famille ».
Les parents sont souvent sur la route. Quand le père rentre, le fils s'installe derrière les fûts et s'exerce sur un disque du trio d'Oscar Peterson, Herb Ellis et Ray Brown, pour suivre leur swing piano-guitare-contrebasse. Le grand-père le rêve mécanicien, et André Ceccarelli trouve un job dans une boutique de moto. Son père voit plus loin et lui déniche une place pour jouer à l'heure du thé dans un hôtel de la promenade des Anglais.
Les débuts parisiens et la révélation jazz
Là, il est repéré par l'épouse de Jean Tosan, musicien de Johnny Hallyday. Elle connaît Dick Rivers et sait que Les Chats Sauvages cherchent un batteur. Audition improvisée dans une bergerie, direction Paris. L'arrivée est rude. Seul dans un hôtel de passe près du Golf-Drouot, il laisse même sa batterie en gage pour payer une nuit.
Le tournant survient quand il croise Daniel Humair, Guy Pedersen et Martial Solal qui répètent aux studios Pathé-Marconi. Humair le prend en sympathie et l'embarque au Caméléon où il fait la connaissance d'Eddy Louiss et Jean-Luc Ponty. « Ils me faisaient jouer le dernier set. C'est là que j'ai attrapé le virus du jazz. » Rencontre fondatrice.
L'ère des studios avec les plus grands noms
Les années 1960-1970 sont un tourbillon. Engagé par Claude François, il devient son batteur, tandis que son ami Ticky Holgado, avec qui il partage une chambre, endosse le rôle d'homme à tout faire du chanteur. Six mois plus tard, il l'abandonne pour rejoindre Les Champions. Période de « vache enragée » aussi : « Pas d'argent pour manger, une fois j'ai dû partir d'un restau sans payer, heureusement une copine a réglé. »
Il joue avec Eddy Mitchell, avant un appel salvateur pour auditionner chez Aimé Barelli : trois années à Monte-Carlo, formatrices et « fantastiques ». Puis un orchestre rhythm'n'blues et une tournée avec Rocky Roberts, « le Johnny Hallyday italien ». Retour à Paris : six mois au Lido, trois au Moulin Rouge, puis les studios.
Première séance déterminante avec Mireille Mathieu : « Si je l'avais loupée, je repartais à Nice. Mais ça a fait boule de neige : on savait qu'on pouvait compter sur moi. » Pendant treize ans, il enregistre avec tous les artistes du moment :
- Johnny Hallyday
- France Gall
- Demis Roussos
- Michel Sardou
- Sheila
- Michel Jonasz
- Bernard Lavilliers
Il se lie d'amitié avec Gilbert Bécaud et Claude Nougaro. Il signe les drums de « Starmania » (version originale) au Palais des congrès, en 1979.
Le jazz comme aimant constant
Le jazz, pourtant, reste l'aimant. Tournées avec Tania Maria, années de feu avec Didier Lockwood (jusqu'en Afrique), seize ans auprès de Dee Dee Bridgewater. Les distinctions suivent : Victoires de la musique (dont une pour l'ensemble de sa carrière), prix de l'Académie Charles Cros, chevalier des Arts et des Lettres.
Les rencontres, elles, relèvent du roman : Ray Charles, Tina Turner, Aretha Franklin. Pour cette dernière, Michel Legrand lui demande : « ''Après-demain, j'ai une séance avec Aretha Franklin. Il faudrait que tu montes un orchestre.'' J'ai appelé les copains, ils étaient fous. Nous avons enregistré la rythmique le matin, les cordes l'après-midi, et comme elle ne prenait pas l'avion, elle a chanté au téléphone. C'était incroyable. »
L'énergie intacte malgré les années
Malgré une fracture de la cheville survenue il y a un an, son élan reste intact. Le jazz ? « C'est l'infini des rythmes, initié par Kenny Clarke avec le chabada. » À Pau, il retrouve Matteo Cutello, Fred Nardin, Daniele Sorrentino et Stefano Di Battista avec « La Dolce Vita » : un répertoire de musiques de films et de chansons italiennes revisitées en jazz – Rota, Morricone, Conte, Modugno, Carosone… « Je suis d'origine italienne. J'adore ces morceaux. »
Concerts à Pau : Vendredi 27 et samedi 28 février, 20 h, Le Foirail, Pau (64). Tarifs : 10 à 35 €. Informations sur pau.fr.



