Maria Grazia Chiuri dévoile sa première collection Fendi à Milan, un hommage au luxe romain
Première collection Fendi de Maria Grazia Chiuri à Milan

Maria Grazia Chiuri dévoile sa vision pour Fendi lors d'un défilé très attendu à Milan

Ce mercredi 25 février, le microcosme de la mode et un parterre de célébrités – dont Uma Thurman, Monica Bellucci et Jessica Alba – se sont réunis à Milan pour assister à l'un des défilés les plus attendus de la saison automne-hiver 2026-2027. Il s'agissait de la première collection de Maria Grazia Chiuri en tant que directrice créative de Fendi, un événement majeur dans l'univers du luxe.

« Je fais de la mode, pas du divertissement », a déclaré la créatrice italienne en coulisses quelques minutes avant le début du show, répondant à une remarque sur la proportion de silhouettes noires dans sa collection. Inutile de chercher la tendance éphémère dans ce premier opus : Maria Grazia Chiuri, qui maîtrise parfaitement les rouages d'une maison de luxe, revendique une mode conçue pour être portée au quotidien.

Un hommage à l'intemporalité et au savoir-faire féminin

Elle a choisi de mettre en lumière l'intemporalité de la maison, qui célébrait son centenaire l'an dernier, en interrogeant l'essence même du produit Fendi. Qu'est-ce qu'un manteau Fendi ? Qu'est-ce qu'un pantalon Fendi ? Pour y répondre, elle s'est appuyée sur les couturières historiquement dévolues à la fourrure, dont le savoir-faire a été étendu à l'ensemble du vestiaire.

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Cette approche a permis de créer une garde-robe pensée pour l'autonomie, avec :

  • Des silhouettes mobiles et fonctionnelles
  • Un vestiaire empruntant au masculin
  • Une mise en avant des artisanes et des savoir-faire traditionnellement féminins

La capacité à rendre la matière légère, douce et sensuelle par la construction, tout en y ajoutant une touche contemporaine, a été au cœur de cette collection.

Un retour aux sources et une histoire partagée

Si cette proposition s'est imposée comme une évidence, c'est aussi parce qu'il s'agissait d'un retour aux sources pour la créatrice. Un quart de siècle après son départ, Maria Grazia Chiuri retrouve une maison qu'elle connaît par cœur et dont elle partage la grammaire du luxe romain.

Entre la créatrice et la maison romaine, tout commence en 1989. Pendant près de vingt ans, elle y forge son regard et son exigence, travaillant d'abord aux accessoires et à la maroquinerie, au cœur même de l'ADN de Fendi. « Aujourd'hui, je peux rendre à la maison tout ce qu'elle m'a offert lors de mes années d'apprentissage », a-t-elle souligné.

Dans les ateliers romains, elle apprend le dialogue entre le geste et la matière. À une époque où Fendi affirme son identité contemporaine sous l'impulsion de Karl Lagerfeld, Chiuri participe activement à cette dynamique. Elle contribue notamment à l'émergence de nouvelles icônes, comme le sac Baguette, créé en 1997 aux côtés de Silvia Venturini Fendi et devenu instantanément reconnaissable.

Pièce fondatrice, le sac Baguette a été décliné à travers près de quatre-vingts passages dans cette collection automne-hiver 2026-2027, avec des itérations variées dans un éventail de matières – parfois cloutées, brodées, tricotées ou frangées.

Un féminisme assumé et une lignée de femmes puissantes

En 2016, lorsqu'elle devient la première femme à diriger les collections féminines de Dior depuis la fondation de la maison en 1947, Maria Grazia Chiuri inscrit d'emblée son travail dans un féminisme assumé. Elle ouvre son premier défilé avec le tee-shirt « We Should All Be Feminists », citant Chimamanda Ngozi Adichie.

Dans cette lignée, elle introduit chez Fendi deux collaborations significatives avec des figures féministes qui l'inspirent :

  1. L'archère Sagg Napoli signe une microcapsule de tee-shirts et d'accessoires
  2. La Fondazione Mirella Bentivoglio participe au design d'une ligne de bijoux exclusive

Cette orientation est particulièrement pertinente pour Fendi, une maison dont la généalogie est marquée par des femmes influentes : de la matriarche Adele Casagrande, fondatrice de l'atelier romain en 1925, à Silvia Venturini Fendi, désormais présidente d'honneur, en passant par les célèbres « Fendi Sisters » – Paola, Anna, Franca, Carla et Alda Fendi – que Maria Grazia Chiuri a bien connues.

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« Elles avaient une vision précise de ce que devait être Fendi et elles en étaient l'incarnation naturelle », explique la créatrice. « Des femmes créatives mais pragmatiques, qui passaient du bureau à la vie mondaine et affichaient un style élégant et fonctionnel. » Ces femmes constituent l'inspiration majeure de ce premier défilé, établissant une filiation de femmes puissantes dans laquelle s'inscrit désormais Maria Grazia Chiuri.

Rome comme fil rouge créatif et engagement culturel

Contrairement à la plupart des maisons italiennes historiquement associées à Milan, Fendi se distingue par son héritage romain profond. Cet héritage s'incarne notamment dans son siège du Palais de la civilisation italienne – le « Colisée carré » – manifeste architectural et symbole de la ville éternelle.

La maison exprime également son attachement à Rome à travers un mécénat assumé : restauration de la fontaine de Trevi, soutien à la grotte de Diane, à la Villa d'Este – autant de gestes qui inscrivent Fendi dans la continuité culturelle de la capitale italienne.

Un engagement que partage pleinement Maria Grazia Chiuri. En 2020, sa famille acquiert le Teatro della Cometa à Rome avec l'ambition de lui redonner un rôle dans la vie artistique locale. Pour elle comme pour Fendi, Rome n'est pas un simple décor mais un territoire vivant qu'il faut défendre et célébrer.

Plus qu'un ancrage affectif, la capitale italienne constitue depuis toujours l'un des fondements de son vocabulaire créatif. Tout au long de sa carrière, la créatrice l'a convoquée, mise en scène et interprétée. Sa collection croisière 2026 pour Dior, présentée à la Villa Albani Torlonia, en offrait une lecture théâtrale et cinématographique, inspirée de la bella confusione de de Federico Fellini.

Cette romanité a également guidé son geste fondateur lorsqu'elle a revisité le logo de la maison Fendi, en s'inspirant des inscriptions de la colonne Trajane, au cœur du forum romain. Alea jacta est – le sort en est jeté. Maria Grazia Chiuri entame ainsi un nouveau chapitre pour Fendi, ancré dans l'héritage tout en regardant vers l'avenir, avec une vision qui célèbre le savoir-faire, les femmes et l'essence romaine de la maison.