La cape d'invisibilité moderne : des vêtements pour échapper aux caméras
Et si la cape d'invisibilité des contes de fées devenait réalité grâce à la mode et à la technologie ? Aujourd'hui, ce ne sont plus des magiciens mais des ingénieurs et des designers qui s'attaquent à l'art de disparaître, avec un objectif précis : protéger les individus des caméras de sécurité et des intelligences artificielles omniprésentes. De plus en plus de marques promettent que leurs créations rendent leurs porteurs invisibles pour les systèmes de vidéosurveillance et de reconnaissance faciale. Depuis le retour de Donald Trump sur la scène politique, ces accessoires "anti-IA" comme des lunettes, pulls, t-shirts ou foulards connaissent un essor notable, selon plusieurs vendeurs interrogés.
L'explosion des caméras de surveillance
Les caméras de surveillance se sont imposées dans notre quotidien. Dominique Legrand, président de l'association nationale de la vidéoprotection (AN2V), révèle que la police et la gendarmerie opèrent désormais plus de 100 000 caméras de sécurité en France. Un chiffre qui semble modeste face au parc privé, estimé à environ deux millions d'unités par Patrick Haas, directeur des publications En Toute Sécurité. La France n'est pas isolée dans cette tendance : Londres comptait près d'un million de caméras en 2022, exposant les piétons à jusqu'à 70 enregistrements par jour. Aux États-Unis, le nombre de caméras a augmenté de près de 50 % entre 2015 et 2018, passant de 47 à 70 millions, avec un marché projeté à 11 milliards de dollars d'ici 2030.
Des créations mode pour berner les algorithmes
Cette omniprésence suscite des réactions. Rachele Didero, fondatrice de Capable Design, explique avoir lancé sa marque en 2021 pour créer des vêtements qui rendent les personnes "visibles pour les humains, mais invisibles pour l'intelligence artificielle". Ses designs, aux couleurs criardes et motifs psychédéliques, sont conçus comme du "bruit adverse" pour interférer avec les algorithmes de détection. Maher Jridi, spécialiste de la vision par ordinateur, détaille que la reconnaissance faciale fonctionne en trois étapes : détection du visage, analyse des caractéristiques, et comparaison avec des bases de données. Les motifs de Capable Design ciblent la première étape, empêchant l'IA d'identifier un humain, comme le montrent des études depuis 2014 où des images modifiées trompent les algorithmes avec une certitude de 99,3 %.
Diverses techniques pour perturber la surveillance
D'autres marques adoptent des approches similaires. AntiAI.biz propose des foulards et masques aux motifs absurdes, tandis que NeuThroné crée des lunettes au "bruit" perturbateur pour les deepfakes. Nicole Scheller, d'Urban Privacy, a développé un motif abstrait interprété comme un visage par les IA, surchargeant les systèmes avec de fausses détections. Daniel Preuss, co-fondateur, ajoute des vêtements larges pour tromper l'analyse de la démarche, ainsi que des accessoires comme des poches anti-pistage et des foulards réfléchissants.
Un marché en croissance face aux enjeux politiques
L'intérêt pour ces produits explose, notamment depuis novembre, avec des ventes en hausse en Europe et aux États-Unis. Tim Shea de NeuThroné note un doublement des visites sur son site depuis le début du second mandat de Donald Trump, tandis que Urban Privacy observe un afflux depuis Minneapolis, épicentre des contestations contre l'ICE, qui utilise une application de reconnaissance faciale pour scanner des milliers de visages. Cependant, l'efficacité de ces vêtements reste limitée. Tim Shea admet que certains modèles d'IA résistent, et Nicole Scheller précise que l'objectif est de ralentir, non d'éviter complètement la détection. Valery Tsaryova de RecFaces souligne que le "bruit adverse" ne pose qu'un obstacle mineur en conditions réelles, les systèmes modernes étant conçus pour y résister. La Fondation Mozilla confirme via des tests que des IA comme Teachable Machine peuvent encore détecter les humains par leur posture.
En somme, ces capes d'invisibilité technologiques offrent une résistance symbolique, mais ne garantissent pas une disparition totale, laissant la légende des capes magiques intacte dans l'imaginaire collectif.



