La Fashion Week de Milan Dévoile les Tendances de l'Hiver 2026-2027
À peine les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina achevés, une autre olympiade a démarré dans la capitale lombarde : les podiums des médaillés ont laissé place aux podiums des défilés pour une saison milanaise exceptionnelle. Cette édition était marquée par son lot d’événements majeurs, de la première collection totale de Demna Gvasalia pour Gucci à l’arrivée très attendue de Maria Grazia Chiuri chez Fendi, en passant par des hommages émouvants à Giorgio Armani.
Les Débuts Marquants : Gucci et Fendi Réinventés
Demna impose son sexy chez Gucci. C’est au Palazzo delle Scintille, dans un décor monumental entouré de sculptures de marbre, que Demna a signé son premier véritable défilé pour Gucci. L’attente était palpable : que dirait-il, vraiment, de la maison italienne ? La réponse est claire : du sexy assumé, très Demna dans l’allure, la tension, et la précision de la coupe qui épouse le corps sans jamais s’y soumettre. On y retrouve sa signature inimitable, ce mélange d’archétypes retravaillés et de pragmatisme radical, mais aussi un sens du produit démontré chez Balenciaga. C’est un défilé statement : un Gucci très italien, très sensuel, pensé pour séduire autant que pour s’imposer durablement.
Maria Grazia Chiuri réinscrit Fendi dans son ADN romain. Maria Grazia Chiuri connaît bien Fendi pour y avoir longtemps travaillé. Résultat ? La collection puisait son influence dans l’héritage des fameuses sœurs Fendi, qui dirigèrent ensemble la maison à partir des années 1960. Une pléthore de sacs et d’accessoires, autant de témoignages du savoir-faire des ateliers romains, ainsi que quelques clins d’œil à Karl Lagerfeld, qui occupa le poste pendant cinquante-quatre ans. « Rendre à Fendi ce qu’elle m’a offert » : telle était la volonté de la créatrice, déterminée à réinscrire la maison dans son essence tout en lui insufflant une modernité mesurée, loin des effets de mode, au profit d’un luxe ancré dans le réel.
Les Maisons Historiques Affirment Leur Essence
Dolce & Gabbana : une force sicilienne magistrale. Il faut avoir confiance en soi pour être certain que même la présence de Madonna au premier rang n’éclipse pas une collection. Mais Domenico Dolce et Stefano Gabbana ne sont pas du genre à avoir peur. Leur collection puise avec tant de force dans leurs propres codes qu’elle en impose. Le tailoring impeccable, l’allure jouant du sexy, la dentelle comme ponctuation de silhouette, tout crée le désir. La femme Dolce & Gabbana se décline au pluriel, en diversité, tout en restant elle-même. Sa force est dans cette liberté décidée, dans cette allure qui a du chien – une expression qui dit ce chic fou et puissant comme un coup de cravache.
Bottega Veneta parie sur les volumes architecturaux. Loin de l’intriciatto qui avait fait les beaux jours de son premier opus, Louise Trotter parie, pour sa deuxième collection, sur les effets de volume et de construction pour un tailoring jouant des réminiscences architecturales de Milan. On lit comme la mémoire d’une certaine allure milanaise, avec par exemple ces envolées de plumes qui soudain embrasent le podium. Un parti pris et un pari créatif audacieux.
Hommage à Giorgio Armani et Autres Highlights
L’émotion Armani. Six mois ont passé depuis le décès du Maestro et sa maison maintient sa flamme bien vivante. Mardi 24 février, Armani ouvrait la semaine avec un dîner feutré à l’Armani Caffè. Jeudi 26, la nouvelle collection Emporio Armani respirait les codes Armani avec un subtil élan de modernité. Au premier rang, une dizaine de médaillés olympiques italiens côtoyaient Kendall Jenner. Le point d’orgue : le défilé de clôture Giorgio Armani, un exercice fou de fluidité et de simplicité sophistiquée. On lit de la tendresse dans cet opus de Silvana Armani. Et beaucoup d’émotion retenue dans son salut final, surtout lorsque retentit la voix de Mina avec une chanson exclusive en hommage à Giorgio, « A costo di morire ». Chic et élégant, très Armani.
Prada : savoir-faire et dimension couture. Au Deposito de la Fondazione Prada, Miuccia Prada et Raf Simons ont fait une démonstration de savoir-faire relevé d’une dimension presque couture : robes de satin richement brodées, incrustations, matières patinées. Les quinze mannequins ont chacune effectué quatre passages, passant du tailoring au sportswear puis à la robe de soirée, comme pour affirmer qu’une même femme peut déployer tout son vestiaire chez Prada, du matin au soir.
Artisanat et Personalisation à l’Honneur
Brioni en mesure sur-mesure. Via Senato, Brioni recevait pour un cocktail rythmé par le bruit des ciseaux. Des artisanes travaillaient sur place, transformant la présentation en démonstration vivante du savoir-faire romain. La collection La Donna Atelier était dévoilée dans cette mise en scène maîtrisée, un témoignage de sa maîtrise de la grande mesure, invitant la clientèle féminine à composer une pièce unique.
Max Mara et le pouvoir du manteau. Chez Max Mara, le pouvoir s’écrit toujours en manteau. Inspirée par Matilde di Canossa, la collection explore un néo-médiévalisme aux accents gothiques, sans jamais perdre de vue l’essentiel : la coupe. Camels, cachemires, alpagas, doubles faces impeccables : tout est affaire de construction, de tombé, de matière généreuse mais légère. Dans son sillage, Sportmax injecte plus de vitesse et de modularité.
Tod’s : l’artisanat au centre. Chez Tod’s, le savoir-faire s’offrait en spectacle avant même le défilé : des artisans façonnaient en direct les pièces iconiques. La collection Italian Nature plaçait l’artisanat au centre, avec des techniques de sellerie, finitions main, et une palette profonde. La personnalisation prolonge cette logique, avec des ceintures affichant des initiales en lettres métalliques.
Les Maisons Reçoivent à Domicile
À Milan, plus qu’ailleurs, le terme « maison » pour désigner une marque de mode prend tout son sens. Ici, elles sont nombreuses à recevoir à domicile : Prada à la Fondazione éponyme, Armani à l’Armani Teatro, Fendi ou encore Dolce & Gabbana dans leurs sièges respectifs. Une tradition qui séduit de plus en plus de griffes, à l’instar de Jil Sander, qui recevait dans son fief de la piazza Castello. Simone Bellotti choisit cette saison de travailler autour de l’idée de maison comme espace émotionnel, assouplissant la silhouette stricte sans la trahir.
Brunello Cucinelli invitait à savourer un plat de paccheri dans la cour de la Casa Cucinelli, tandis que les modèles déambulaient en silhouettes automne-hiver aux accents de « country couture ». Tailoring assoupli d’inspiration anglaise, tweeds et tartans associés à des dentelles délicates composaient un vestiaire fidèle à l’ADN de la maison.
Voyages et Échappées
Loro Piana : un voyage immobile. Via Moscova, Loro Piana transformait son siège en voyage immobile. Pour découvrir l’hiver 2026-2027, il fallait traverser un couloir évoquant un wagon ancien. Aux « fenêtres », des paysages floutés défilaient. La collection jouait d’un nomadisme chic, oscillant entre réminiscences d’un Orient rêvé et palimpsestes de ballets russes.
Etro : bohème et raffinement. Chez Etro, Marco De Vincenzo poursuit son voyage dans les codes de la maison qu’il enrichit de textures nouvelles. La collection joue les contrastes, entre raffinement décoratif et rigueur de la coupe, avec une touche légèrement britannique mêlée d’esprit bohème.
MM6 : une échappée rurale. Maison Margiela donnait rendez-vous à la gare Centrale de Milan. La silhouette conserve sa rigueur conceptuelle mais s’aventure vers la campagne. Chemises à carreaux, pulls de ski, vestes techniques composent un vestiaire utilitaire, relevé par des bottes cavalières. Une échappée rurale maîtrisée et convaincante.
Blazé Milano : road-trip chic. Chez Blazé Milano, l’hiver 2026 se pense sur la route. Inspirée par un souvenir de road-trip des années 1970, la collection s’ouvre sur le cuir : blousons de motard aux épaules marquées. Mais chez Blazé, même la biker pense tailleur, avec des coupes nettes et des matières inattendues comme l’astrakan.
Performance et Nouveaux Visages
Moncler Grenoble : entre montagne et mode. Moncler Grenoble transformait la piazza du Portrait Milano en forêt de pins pour son exposition The Beyond Performance Exhibit. Une installation immersive consacrée à la ligne montagne, réaffirmant son double ancrage : performance et esthétique.
Eileen Gu, la nouvelle favorite. À Milan, les projecteurs étaient braqués sur Eileen Gu, aperçue chez Prada et Brunello Cucinelli. La championne chinoise de ski freestyle a captivé la Fashion Week par sa présence et son naturel. À 22 ans, elle navigue avec aisance entre les sommets enneigés et les podiums, s’imposant comme la nouvelle favorite de la planète mode – et ce n’est sans doute qu’un début.



