Paris Fashion Week : entre exubérance ludique et célébration artisanale
Les journées de la Fashion Week de Paris, qui se poursuit jusqu'au 10 mars 2026, offrent un panorama contrasté des tendances mode. Alors que le début de la semaine était marqué par une esthétique sexy et élégante, les défilés des 5 et 6 mars ont révélé des garde-robes exubérantes, conçues davantage pour le plaisir de celles qui les portent que pour séduire un regard extérieur.
Loewe : l'esprit ludique et l'expérimentation matérielle
Jack McCollough et Lazaro Hernandez, le tandem américain connu pour avoir fondé Proenza Schouler, présentent leur deuxième collection pour Loewe. Leur nomination par LVMH en 2025 pour succéder à Jonathan Anderson avait suscité des interrogations, mais le défilé du 6 mars au château de Vincennes démontre une vision audacieuse.
Dans une structure rectangulaire décorée d'un motif vichy vert pomme, l'ambiance est résolument ludique avec des sculptures-peluches de l'artiste Cosima von Bonin. "On voulait vraiment insuffler un esprit ludique, expérimental, joyeux et optimiste. Loewe n'est pas une marque qui se prend trop au sérieux", expliquent les designers.
Leur approche combine cette espièglerie à une exploration poussée des matières :
- Une nuisette en caoutchouc épais avec des détails en relief imitant la soie
- Des jeux de trompe-l'œil avec du cuir réduit en bandelettes pour composer des manteaux volumineux
- Un manteau en cuir jaune avec parties gonflables évoquant un gilet de sauvetage élégant
- Un pardessus dont la doublure vichy peut se gonfler et s'évacuer par les fentes latérales
Contrairement à d'autres créateurs où la recherche textile éclipse la silhouette, McCollough et Hernandez maintiennent une attention à la mise en valeur du corps, alternant expérimentations et basiques essentiels.
Chloé : la perpétuation d'un héritage féminin et artisanal
Présentée dans le bâtiment moderniste de l'Unesco, la collection automne-hiver 2026-2027 de Chloé sous la direction de Chemena Kamali célèbre "les savoir-faire artisanaux d'inspiration folklorique". La marque, fondée en 1952 par Gaby Aghion pour habiller les femmes de manière moins formelle, perpétue sa tradition de direction féminine.
Kamali s'inspire des costumes traditionnels pour leur "beauté, mais aussi la sensation du temps et de l'effort qui leur ont été consacrés". La collection mêle :
- Broderies champêtres et motifs floraux
- Références au Chloé des années 1970 et 1980
- Nœuds, grigris et ornements métalliques dorés
- Des couleurs clivantes : vert pomme, vermillon, jaune poussin, violet
Cette esthétique se traduit par des manteaux-capes enveloppants, des robes bouffantes nécessitant des dizaines de mètres de mousseline de soie, et des vestes à grand col, créant une silhouette riche mais parfois chargée.
Cecilie Bahnsen : entre mode et danse
La créatrice danoise Cecilie Bahnsen présente quant à elle une collection intitulée "Entraînement", explorant les parallèles entre mode et danse. "En mode comme en danse on apprend en pratiquant. Les pièces ne sont jamais vraiment terminées", affirme-t-elle.
Dans les anciens locaux du Centre d'information et de documentation jeunesse, des danseuses en robes à fleurs transparentes déstructurées évoluent devant le public, intégrant un vocabulaire ballet avec tutus, mailles près du corps et couleurs pastel. Une collaboration avec The North Face ajoute des éléments techniques comme des rivets et sangles, créant un contraste intéressant avec l'esthétique romantique de base.
La Fashion Week de Paris confirme ainsi sa capacité à accueillir des visions multiples, allant de l'expérimentation matérielle la plus audacieuse à la célébration des traditions artisanales, en passant par des dialogues inattendus entre mode et autres disciplines artistiques.



