La haute couture, longtemps perçue comme un univers lointain et réservé à une élite, a vu son rapport au public se transformer au fil des décennies. Sophie Fontanel, journaliste et critique de mode, livre son analyse des récents défilés parisiens, qui se sont tenus du 6 au 10 juillet 2026, et interroge la place de cet artisanat d'exception dans un monde de plus en plus globalisé.
Une tradition d'exception en mutation
À l'origine, la haute couture était le seul moyen pour les classes aisées de se vêtir, en l'absence de prêt-à-porter généralisé jusqu'aux années 1960. Les moins fortunés s'inspiraient de ces créations pour se faire confectionner des vêtements par des couturières locales. Avec le temps, la haute couture est devenue un artisanat noble et ouvragé, destiné à une clientèle en quête d'exclusivité. Cependant, selon Sophie Fontanel, « quelque chose s'est perverti » : il a fallu contenter les nouveaux riches du monde entier, et la mode a perdu son caractère révolutionnaire pour devenir spectaculaire, voire sublime par moments, mais plus vraiment innovante.
Les défilés de la semaine : entre tradition et modernité
La semaine de la haute couture a débuté le 7 juillet avec le défilé de Schiaparelli, qui a présenté une collection mêlant broderies précieuses et silhouettes sculpturales. Le 8 juillet, Jean-Paul Gaultier, confié au créateur invité Duran Lantink, a surpris par son audace, mêlant matières recyclées et coupes avant-gardistes. « C'était un défilé qui bousculait les codes, avec une vraie réflexion sur la durabilité », commente Fontanel. Le même jour, Fendi a dévoilé une collection élégante, tandis que Dior, le 9 juillet, a misé sur des lignes épurées et des tissus légers. Enfin, Chanel a clôturé la semaine le 10 juillet avec un défilé spectaculaire au Grand Palais, réinterprétant le tailleur iconique dans des versions modernes.
Un artisanat menacé par la mondialisation
Fontanel souligne que la haute couture, autrefois révolutionnaire, est aujourd'hui confrontée à une clientèle internationale aux goûts standardisés. « Les maisons doivent contenter des riches venus de tous les coins du globe, et cela a uniformisé les collections », explique-t-elle. Selon elle, la créativité s'efface parfois au profit du spectaculaire, même si des maisons comme Dior ou Chanel parviennent encore à surprendre. « Il y a encore des moments sublimes, mais on est en plein dans le divertissement de luxe, plus que dans la mode qui fait réfléchir. »
L'impact des réseaux sociaux et des célébrités
Un autre phénomène marquant est le rôle croissant des réseaux sociaux et des célébrités. Les défilés sont désormais conçus pour être instagrammables, avec des pièces destinées à faire le buzz. « Les maisons misent sur des looks chocs pour attirer l'attention, parfois au détriment de la qualité artisanale », note Fontanel. Pourtant, certaines maisons, comme Dior, résistent en mettant en avant le savoir-faire de leurs ateliers. « Dior a présenté une collection où chaque pièce était un hommage aux métiers d'art, avec des broderies faites main et des coupes impeccables. »
Vers une haute couture plus durable ?
La question de la durabilité s'invite également dans les défilés. Jean-Paul Gaultier, avec Duran Lantink, a utilisé des matériaux recyclés et upcyclés, une tendance qui pourrait se généraliser. « C'est un signal fort : la haute couture peut être un laboratoire pour une mode plus responsable », estime Fontanel. Cependant, elle tempère : « Il ne faut pas se leurrer, la haute couture reste un marché de niche, mais elle peut inspirer le reste de l'industrie. »
Conclusion : un avenir entre tradition et innovation
Sophie Fontanel conclut que la haute couture doit trouver un équilibre entre son héritage artisanal et les exigences du monde moderne. « Les maisons qui réussiront sont celles qui sauront innover tout en préservant leur identité. » Avec des défilés comme ceux de Dior ou de Jean-Paul Gaultier, la haute couture prouve qu'elle a encore des choses à dire, même si elle doit constamment se réinventer pour rester pertinente.



