Gucci renaît sous Demna : le retour du sexy et d'une dynastie de la mode
Gucci renaît sous Demna : le retour du sexy et d'une dynastie

Gucci renaît sous l'impulsion de Demna : une révolution esthétique et narrative

Il fallait absolument y assister. Dans l'univers très fermé des géants de la mode, Gucci occupe une position tout à fait unique. Une maison, au sens propre comme au figuré, dont l'histoire est rocambolesque – une dynastie marquée par la gloire et les scandales – tout comme l'esthétique qu'elle a su forger au fil des décennies.

« Ce qui a commencé il y a plus d'un siècle comme un petit atelier florentin de maroquinerie et de bagages est devenu l'un des noms les plus reconnus au monde. Non par hasard, non par mythe, mais par la force de son caractère », écrivait Demna dans une lettre adressée aux invités. Une manière de réaffirmer son rang dans une industrie en perpétuelle turbulence.

La métonymie d'un empire : un décor allégorique pour une renaissance

Certes, Demna avait déjà esquissé sa définition de l'esthétique Gucci en septembre avec La Famiglia, sous la forme d'un court-métrage à la dimension cinématographique plutôt que d'un défilé. Une première intention, manière d'ancrer – lui, le Géorgien qui a tenu les rênes de Balenciaga à Paris pendant près d'une décennie – son regard dans un imaginaire italien.

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Mais c'est véritablement ce vendredi 27 février que sa vision s'est pleinement révélée, devant un parterre d'invités où figuraient ses pairs : Donatella Versace, figure allégorique de la mode italienne et Alessandro Michele, son prédécesseur désormais chez Valentino, celui qui avait redéfini les codes Gucci dans les années 2010.

Le spectacle prenait place au Palazzo delle Scintille, dans un décor monumental peuplé de sculptures de marbre – Gucci est une marque qui n'a jamais craint l'emphase. Une mise en scène à l'allure muséale, qui inscrivait d'emblée ce nouveau Gucci dans une histoire qui le précède.

Le retour du Sexy Gucci : une attitude frontale et graphique

Et tout commence par une attitude. La première silhouette émerge des coulisses dans une mini-robe fourreau blanche au col montant, façon Sharon Stone dans Basic Instincts, escarpins noirs aux pieds, lèvres rouge sang et regard charbon. La main flotte, cassée au poignet, comme suspendue à une cigarette imaginaire, le it-bag accroché au creux du coude.

En une apparition, tout est dit : une collection qui invoque la femme fatale Gucci. Un sexy frontal, qui n'est pas sans rappeler l'ère Tom Ford (1995 – 2004), lorsque la maison avait fait du glamour provocateur et du « porn'chic » sa signature. Mais plus de vingt ans ont passé, et Demna n'est pas Tom Ford. Son sexy est plus graphique, plus tranchant, ancré dans la technicité et le détail – absence de coutures, bords thermocollés invisibles – autant que dans l'hybridation du streetwear et du tailoring.

Il va de soi que ces robes courtes ultra-ajustées, ces ensembles en seconde peau et ces silhouettes aux jambes interminables, jusque dans le détail d'un string GG en or blanc serti de diamants ultra-référencé, trouveront leur cliente.

Car oui, le sexy fait vendre – Demna, stratège autant que créateur, le sait parfaitement. Elle existe, cette femme Gucci. Celle qui n'a pas pris le train des années bohèmes. Celle qui ne s'est pas totalement reconnue dans l'exubérance romantique d'Alessandro Michele. Une cliente profondément Gucci, qui assume l'excès et le pouvoir du corps. Donatella Versace n'en est-elle pas elle-même l'une des incarnations, elle dont la féminité insolente planait sur certaines silhouettes ?

Un repositionnement narratif : la dynastie s'agrandit

Mais cette collection ne peut se réduire à son intention commerciale : il s'agit avant tout d'un repositionnement narratif. « Gucci, c'est le drame, la passion, l'excès, la contradiction, l'amour et la haine, le triomphe et la défaite, la fierté et la vulnérabilité, la persévérance, le chaos, le génie » énumérait le créateur géorgien.

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Pour incarner cette vision, Demna joue des archétypes comme il sait le faire. « Ce premier défilé présente un univers peuplé de personnages, de clients et de codes vestimentaires qui définiront mon langage créatif pour les années à venir », prévenait-il. Sur le podium, ces figures se succèdent et interprètent un rôle : l'adolescent, la femme fatale, la sportive, la bourgeoise, le skateur, le rappeur.

Un cortège d'excès et de contradictions – dont il avait déjà esquissé les contours avec La Famiglia, où Demi Moore, présente au défilé dans un ensemble Gucci en cuir moulant à la Matrix, campait la matriarche d'une dynastie italienne décadente et déjantée.

La dynastie change de visage, mais demeure. Cette fois, c'est Kate Moss qui clôturait le show. Pas lent, démarche sensuelle, robe strassée au dos échancré. Une scène calibrée pour les likes et les partages, qui aussitôt fait le tour du monde.

Primavera : la renaissance inspirée par la Renaissance

Dans sa lettre, Demna raconte s'être arrêté longuement devant La Naissance de Vénus de Botticelli, à la Galerie des Offices de Florence, après avoir contemplé Le Printemps, œuvre qui inspira l'emblématique imprimé Flora de Gucci. Face à cette déesse surgissant des flots, il affirme avoir compris combien la Renaissance italienne a façonné son œil d'esthète – une évidence dans sa manière de modeler les corps, de mettre en scène l'anatomie, comme taillée dans la pierre.

Ce n'est donc pas un hasard si cette collection automne-hiver s'intitule Primavera – le printemps. Ici, il n'est pas question de saison, mais d'un recommencement.

La femme fatale ne se soucie d'ailleurs ni du calendrier ni de la météo, pas plus que de son âge. Elle traverse le temps comme elle traverse le podium : nouvelle. Automne, hiver, printemps, été, au fond peu importe. Ce qui compte, c'est la permanence du désir. Et chez Gucci, tout a toujours été affaire de désir.