La Fashion Week de Londres 2026 : un événement de renouveau créatif
Si elle peut sembler moins prestigieuse que ses homologues de Milan et Paris, la Fashion Week de Londres a néanmoins présenté un programme ambitieux du 19 au 23 février 2026 avec pas moins de 41 défilés. Cette édition a brillamment mis en lumière la vitalité de la jeune création, chargée d'insuffler un sang neuf indispensable à l'industrie de la mode.
Les révélations prometteuses de la scène émergente
Parmi les propositions les plus remarquées, on retiendra la maille éthérée et délicate de la Française Pauline Dujancourt, les uniformes masculins sobres et élégants du Britannique Luke Derrick, ainsi que les robes sensuelles et inclusives de la Brésilienne Karoline Vitto, qui célèbrent toutes les morphologies au-delà du simple taille 36. Un moment particulièrement symbolique a été l'« éloge de l'immigration » présenté par la créatrice britannico-nigériane Tolu Coker, dont le défilé a accueilli en première ligne un invité de marque : le roi Charles III en personne.
Le retour attendu de la maison Joseph
Les marques établies, quant à elles, font face au défi constant de la réinvention pour maintenir leur attractivité. La maison Joseph, absente des calendriers officiels depuis septembre 2017, fait ainsi un retour remarqué. « J'ai en mémoire ce qu'a pu représenter la marque dans les années 1990 : elle était désirable, précurseur. J'ai essayé de retraduire cette énergie en 2026 », explique Mario Arena, le nouveau directeur artistique.
Pour cette renaissance, il conserve les fondamentaux de l'institution fondée en 1972 par Joseph Ettedgui, un Casablancais qui débuta avec un salon de coiffure à Londres avant de se lier d'amitié avec des figures comme Kenzo Takada ou Azzedine Alaïa et de se spécialiser dans la maille. La collection présente :
- Des manteaux cocons ultra-confortables
- Des pantalons larges et fluides
- Un cuir raffiné travaillé en nappa ultrafin, tamponné, crocheté ou découpé au laser
« Cette saison, j'ai aussi voulu rappeler que Joseph avait été un collectionneur », poursuit Mario Arena. « J'ai pensé aux sculptures de Richard Stone, en marbre, en bronze, en cire. La palette et le goût des textures viennent de là. » La collection multiplie les sensations tactiles avec des mesh, laines brossées, plumes et bijoux en métal doré, mais peut parfois verser dans une certaine arrogance bourgeoise avec ses sacs python et ses dorures ostentatoires.
Erdem : vingt ans de divas romantiques
Erdem Moralioglu célèbre ses vingt ans de création avec une collection présentée à la Tate Britain. « Je voulais marquer cet anniversaire sans tomber dans la rétrospective », confie le designer. « J'ai préféré inventer des conversations imaginaires, faire dialoguer toutes mes muses passées. » Le résultat est un esprit collage fertile où un corsage en satin jaune éclate à côté d'un jean délavé, où une brassière cristalline rencontre une jupe crayon emplumée, créant un précipité de son univers désormais iconique.
Simone Rocha : la rencontre du sportswear et du romantisme
Simone Rocha, dont la griffe existe depuis 2010, opère un virage audacieux vers le sportswear tout en conservant son univers codifié, nourri de majesté victorienne et de folklore celte. Présentée au Alexandra Palace Theatre, sa collection mêle :
- Des brassières rose bubble-gum pour adolescentes anticonformistes
- Des robes à crinoline pour filles naïves
- Des kilts plissés et blousons de cuir pour punks contemporains
Le point fort de cette saison est le développement de sa collaboration avec Adidas, débutée en 2024. « C'est une progression à laquelle je pense depuis longtemps et qui m'autorise à donner aux vêtements de sport une perspective féminine, ce qui est rare », se réjouit la créatrice irlandaise.
Burberry : une ode à Londres nocturne
Chez Burberry, Daniel Lee abandonne ses précédentes inspirations bucoliques pour une célébration de Londres à la nuit tombée. Dans une scénographie reproduisant le Tower Bridge sur le sol mouillé d'une ancienne halle aux poissons, les mannequins défilent sur une bande-son électro de FKA Twigs.
« Je voulais célébrer la vie britannique en hiver, qui revient, au fond, à passer la plupart du temps dans l'obscurité et sous le mauvais temps », résume Daniel Lee. La collection explore des teintes sombres – bleu d'encre, prune, brun, noir – à travers :
- Des trenchs en gabardine enduite agrémentés de volants
- Des manteaux ceinturés en cuir
- Des combinaisons de motard et vestes en fausse fourrure tartan
- Des sacs à l'esprit vintage
Les textures liquides en trompe-l'œil, avec perles oblongues évoquant des gouttes de pluie et velours aux reflets de réverbères, offrent une fluidité remarquable à cette collection qui donne un nouvel oxygène à la maison bicentenaire sans trahir ses fondamentaux.
Cette édition 2026 de la Fashion Week de Londres démontre ainsi la vitalité d'une scène qui sait mêler audace émergente et réinvention respectueuse des héritages, dans un équilibre délicat mais réussi.



