Cocorico, le pari gagnant du made in France abordable après 10 ans de croissance
Cocorico : 10 ans de made in France abordable et rentable

Le défi français de Cocorico : une mode 100% locale et abordable

Confectionner intégralement en France une gamme complète de vêtements à des prix accessibles représentait un véritable défi. Dix années après sa création, la marque bordelaise Cocorico approche désormais les 20 millions d'euros de chiffre d'affaires, démontrant la viabilité économique du « made in France ».

L'immunité face aux crises internationales

Arthur Charle, le fondateur de Cocorico, observe avec sérénité les turbulences économiques mondiales. « Quand vous produisez tout en France, l'inflation des prix du commerce international et des problèmes de conteneurs ne sont pas votre problème », explique-t-il avec un sourire satisfait. La marque de prêt-à-porter affiche en effet une croissance impressionnante de 45% en 2025.

« Nous visons 40% de croissance cette année et 20 millions d'euros de chiffre d'affaires », précise Arthur Charle. Avec 50 salariés répartis entre Bordeaux et le Lot, Cocorico prouve qu'un « made in France » rentable est possible, même avec des prix abordables et une vente exclusivement en ligne.

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Une philosophie de consommation réaliste

Contrairement aux discours moralisateurs, Cocorico adopte une approche pragmatique. « Consommez moins mais mieux, nous pensons que ça ne marchera pas. Le client ne veut pas choisir », estime Arthur Charle. « En revanche, si votre caleçon français est au même prix et à la même qualité que le 'made in ailleurs', vous lui offrez une option plus raisonnée ».

Le pari audacieux du 100% français

En 2016, Arthur, Tom et Coline Charle se lancent avec une certaine naïveté mais une ambition démesurée. Leur objectif : créer une marque 100% française où toutes les étapes, des matières premières à la confection, seraient réalisées sur le territoire national.

Dix ans plus tard, le succès est au rendez-vous avec un million de pièces écoulées annuellement. Cocorico est devenu le plus important donneur d'ordres du textile fabriqué en France. Arthur Charle en est convaincu : « Il est possible de relocaliser la production de biens de grande consommation ».

L'exception du coton et la résilience industrielle

La seule concession au concept originel concerne le coton. La production française, encore embryonnaire, ne suffit pas à répondre aux besoins. Les fils utilisés par Cocorico proviennent donc de Grèce. Pour tout le reste, la règle est inflexible : si une seule étape ne peut être réalisée en France, le produit ne voit pas le jour.

Le pays dispose encore de ressources industrielles significatives. « Après le crash de l'industrie textile, les marques sont parties mais des usines sont restées », explique Arthur Charle. L'industrie a besoin de volumes pour se réveiller, et « le pari consiste à les lui apporter grâce à nos prix compétitifs ».

Une approche industrielle plutôt que fashion

« Nous nous définissons davantage comme des industriels que comme une marque de mode », affirme Arthur Charle. En 2026, Cocorico travaille avec 40 ateliers partenaires spécialisés dans 14 métiers différents, s'appuyant sur les bassins historiques de production française.

L'un des secrets de la rentabilité réside dans la simplicité et l'optimisation industrielle. Les vêtements sont conçus pour être faciles à produire, souvent unis et sans fioritures. « Traditionnellement, toute l'industrie pose une bande de propreté dans le col des t-shirts. Un bout de tissu purement esthétique. En l'enlevant, nous avons gagné une minute sur la fabrication de chaque pièce », illustre le fondateur.

Multiplié par les 220 000 t-shirts écoulés en 2025, ce gain de temps représente des économies substantielles. La proximité géographique entre ateliers et clients réduit également les coûts. Cocorico gère un stock limité à quinze jours, « quasiment à la demande », alors que le stockage représente habituellement environ 30% du prix d'un t-shirt classique.

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Flexibilité et adaptation aux réalités du marché

L'e-commerçant croise en permanence données météorologiques et ventes de l'année précédente pour ajuster sa production. « Octobre 2024 avait été caniculaire. Tous les magasins mettaient en rayon les doudounes commandées six mois avant. Chez Cocorico, nous avons coupé l'approvisionnement en pulls et augmenté celui en t-shirts », se souvient Arthur Charle.

Cette flexibilité serait impossible avec des vêtements traversant les océans. Cocorico accompagne par ailleurs ses fournisseurs français pour qu'ils accèdent aux technologies les plus avancées, souvent développées en Chine où se trouvent « les usines textiles les plus automatiques et modernes du monde ».

Expansion et nouveaux défis

Grâce à ces stratégies, Cocorico lance une trentaine de nouvelles références par an. En 2026, ses produits seront vendus en boutique pour la première fois via un partenariat avec une centaine de magasins Intersport. Des gammes sport et homewear devraient voir le jour, capitalisant sur le retour en force du pyjama selon Arthur Charle.

La marque cible principalement des familles de 38 ans en moyenne, « qui veulent consommer mieux, sans en avoir les moyens ». Le prochain défi consiste à séduire les jeunes sur le terrain de l'ultra fast-fashion.

L'exploit du jean 100% français

Cocorico a réussi l'exploit de commercialiser un blue jean 100% français à 79 euros. « Un vrai denim », sourit Arthur Charle. Huit usines différentes sont intervenues pour tisser la matière, fabriquer les boutons, les rivets et tous les composants.

« Le plus difficile a été de trouver un tisseur. Une fois le colorant indigo utilisé sur le métier, il ne peut plus être utilisé que pour ça », explique le fondateur. Cocorico a finalement trouvé la solution, même si un incendie a temporairement interrompu cette production spécifique.

Cette aventure démontre que le « made in France » n'est pas qu'un slogan marketing mais une réalité économique viable, à condition d'adopter une approche industrielle rigoureuse et innovante.