Beaubleu et la Monnaie de Paris créent une montre historique : « La Pièce »
Beaubleu et Monnaie de Paris : une montre historique

Une collaboration inédite entre deux mondes

Certaines alliances semblent improbables, et pourtant elles s'imposent avec une évidence déconcertante. Beaubleu, maison horlogère parisienne fondée en 2017, n'a pas encore dix ans d'existence. La Monnaie de Paris, elle, cumule douze siècles d'histoire. C'est dans le Salon d'Honneur Guillaume Dupré, au cœur de cette institution où bat encore le pouls métallique de la France, qu'a été dévoilée « La Pièce », une collection en édition limitée qui marque une première dans l'histoire de l'horlogerie.

Une innovation technique majeure

Les éléments du cadran, traditionnellement rapportés, fusionnent ici en une seule pièce. Frappé puis gravé, chaque détail se pare de bas-reliefs et de volumes délicats, jouant avec notre perception. Si la Monnaie de Paris a frappé des rois, des empires et des républiques depuis le IXe siècle, elle n'avait jamais, jusqu'ici, mis son art au service d'un cadran de montre. Beaubleu aura eu cet honneur inaugural.

L'ensemble prend place dans un boîtier aux surfaces polies et brossées, animé par la désormais iconique Seconde Volante. À 3 heures, la couronne cachée s'efface pour laisser toute sa place au cadran et à son équilibre.

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Une philosophie horlogère unique

Beaubleu est une de ces rares marques à porter un ADN 100 % parisien sans fard ni compromis. Sa singularité tient à une idée aussi simple qu'audacieuse : remplacer les aiguilles traditionnelles par des aiguilles rondes, des cercles qui gravitent sur le cadran et brisent la lecture classique du temps. Ce n'est pas une fantaisie formelle, c'est une déclaration philosophique. Le « moment » devient l'unité de mesure, et non plus la minute précise. On ne lit plus l'heure, on la ressent.

Chaque montre Beaubleu est, selon les termes du designer-fondateur Nicolas Ducoudert, un objet « reflétant l'aspiration de ceux qui la portent à interpréter et revendiquer le temps différemment ».

La genèse d'un projet ambitieux

C'est la Monnaie de Paris qui, en janvier 2025, contacte la marque. Adrien Degeorges, General Manager de Beaubleu, raconte : « Ils voulaient se diversifier, essayer de nouvelles choses. Ce qui a fait qu'on a travaillé ensemble, c'est notre intention de dire : on fait ça vraiment. Vous nous montrez votre savoir-faire, en quoi il est spécial, en quoi il est différent, et nous on fait un design qui va challenger vos procédés, les mettre en valeur ».

De mai à septembre 2025, en quelques mois à peine, une rapidité inédite pour une institution habituée à des cycles plus lents, les deux maisons vont travailler main dans la main. Nicolas Ducoudert visite les ateliers, s'entretient longuement avec les graveurs, s'imprègne d'une tradition qui n'a rien à envier à celle de la Vallée de Joux. Car le monnayage et l'horlogerie partagent une même obsession : la maîtrise de la matière à des échelles infimes.

Un savoir-faire exceptionnel

Ce que les ateliers de la Monnaie savent faire tient presque du prodige. Des presses capables d'exercer jusqu'à mille tonnes de pression sur un flanc métallique pour en faire surgir du relief, de la profondeur, de la lumière. La matière ne se découpe pas, elle se soulève. Elle ne se grave pas, elle se révèle. C'est dans cet espace entre la force brute et la délicatesse absolue qu'est née « La Pièce ».

Deux références distinctes

La collection se décline en deux références :

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  • La N°1, pensée comme un bloc de feuilles sculpté dans la masse, joue sur des cercles non concentriques évoquant la course de la lumière du lever au coucher du soleil en six coloris : du Bleu Empire au Lie-de-Vin en passant par le Champagne irisé.
  • La N°2 est d'une autre nature : plus sculptée, presque minérale, elle révèle des index usinés dans la masse et des intérieurs polis miroir, un tour de force encore inédit pour un cadran monobloc.

« Ce qui est intéressant avec la Monnaie de Paris, c'est leur vraie capacité à donner des effets de profondeur avec des épaisseurs très fines », explique Adrien Degeorges. « Sur la N°2, les remontées de matière atteignent huit dixièmes de millimètre, un chiffre considérable à cette échelle. C'est la référence qui a exigé le plus de travail, la plus complexe techniquement. Mais la maîtrise des équipes a été à la hauteur du défi ».

Caractéristiques techniques et disponibilité

Chaque teinte est limitée à 888 exemplaires, un clin d'œil au logo Beaubleu, dont le symbole évoque ce chiffre. Neuf modèles au total, entre 1 790 et 1 890 euros selon le bracelet, avec :

  1. Mouvement automatique France Ébauche
  2. Boîtier acier 316L
  3. Verre saphir bombé double dôme
  4. La Seconde Volante iconique de Beaubleu

Une rencontre de deux univers

Entre la jeune maison aux aiguilles rondes et la vieille institution frappant la monnaie des rois, l'accord aura été immédiat, presque naturel. « C'est vraiment le savoir-faire design et l'envie de faire les choses un peu différemment qui rencontrent l'histoire et le savoir-faire de la Monnaie », résume Adrien Degeorges. « Deux logiciels différents, mais la même direction : Paris, le patrimoine, le faire-valoir ».

Dans ce salon où Guillaume Dupré, médailleur du roi Henri IV, posa jadis les fondations d'un art du relief qui n'a pas pris une ride, « La Pièce » prend tout son sens. Non comme objet de collection mais comme preuve que le temps, décidément, n'appartient qu'à ceux qui osent le frapper autrement.