Un retrait stratégique de X pour lutter contre la désinformation
À l'instar de quotidiens prestigieux tels que The Guardian en Grande-Bretagne, La Vanguardia en Espagne, Ouest-France, Le Monde et d'autres organes de presse, le journal Sud Ouest a pris la décision de suspendre ses publications sur le réseau social X, anciennement Twitter, en novembre 2024. Cette mesure a été adoptée en coordination avec les autres titres de son groupe média. La démarche, clairement expliquée dès le premier paragraphe de l'article annonçant cette décision, est motivée par l'absence de garanties sérieuses en matière de lutte contre la désinformation et de préservation de l'équilibre des débats sur la plateforme.
Un engagement critiqué mais maintenu
Si les réseaux sociaux demeurent souvent des agoras formidables où les journaux continuent de partager une information certifiée, la situation sur X est jugée différente. Le défaut de modération assumé par la plateforme s'est accompagné, au cours de l'année écoulée, de plusieurs mesures aux conséquences délétères :
- Limitation des publications des comptes médias
- Modification des conditions de blocage
- Disparition des pastilles de certification au profit de la mise en avant de comptes payants
Malgré cet engagement ferme, certains lecteurs interpellent occasionnellement la rédaction pour souligner ce qu'ils perçoivent comme un manquement. Un exemple frappant : un lecteur fervent de l'application de Sud Ouest exprime son malaise face à la diffusion de vidéos provenant de X depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump et l'implication d'Elon Musk, propriétaire de la plateforme. Il menace même de se tourner vers l'application du Monde, qui a cessé d'utiliser X.
Une règle d'intégration stricte et transparente
Ce lecteur n'avait cependant pas pris connaissance de la précision apportée fin novembre par Sud Ouest. Le journal a en effet clarifié sa position : les publications de X peuvent toujours être intégrées dans les articles, à condition que la primeur de l'information provienne de cette plateforme, que l'information soit originale et uniquement disponible sur X, et qu'elle réponde aux exigences du groupe en termes de fiabilité. Cette règle, à laquelle Sud Ouest se tient scrupuleusement, est également appliquée par Le Monde.
X, un terrain journalistique incontournable malgré les controverses
Stéphane Hilarion, journaliste en charge des contenus numériques, observe que X reste un terrain journalistique avec 11,8 millions d'utilisateurs actifs en France. Le monde institutionnel, les personnalités politiques, y compris le président de la République, et des acteurs locaux continuent de s'y exprimer, constituant ainsi une source potentielle d'information.
Laurent Buanec, directeur de X France, accepte de revenir sur ces derniers mois, qu'il qualifie d'amer. Il conteste les motifs avancés par les médias, notamment l'absence de vérification et l'encouragement à la haine. Il met en avant les efforts de modération :
- 550 millions de posts modérés chaque jour
- Utilisation combinée de l'intelligence artificielle et de modérateurs qualifiés
- Un système de community notes constamment amélioré
Il cite des études indépendantes indiquant que 80 % des posts recevant une community note sont supprimés par leur auteur, que ces notes réduisent de 61 % le nombre de reposts, et qu'elles atteignent une précision de 97,5 % sur des sujets comme les vaccins Covid-19. Son rapport de transparence début 2025 fait état de 335 millions de comptes suspendus au cours des six derniers mois.
L'ombre d'Elon Musk et la résilience de X
Cependant, la personnalité clivante d'Elon Musk dessert X, un réseau où circulent toujours des messages douteux. La modération des commentaires reste un combat permanent pour la presse. Selon le Financial Times, X a perdu 70 % de sa valeur depuis son acquisition par Elon Musk en 2022. Pourtant, Laurent Buanec affirme que le X bashing n'a pas entamé la fréquentation du réseau. Il reconnaît un ralentissement de la croissance dans certaines sphères, mais note une activité accrue de 30 % lors de la dernière cérémonie des César par rapport à 2024, ainsi qu'un afflux de jeunes de 17 à 25 ans autour des thématiques des jeux vidéo.
Un retrait sans impact négatif sur les audiences
En définitive, le retrait de X par Sud Ouest n'a pas eu d'effet négatif sur les audiences du journal. Cette position, partagée par plusieurs grands médias, illustre une prise de conscience collective des enjeux liés à la désinformation et à la modération sur les plateformes sociales, tout en maintenant une ouverture prudente à certaines sources d'information originales.



