Les règles strictes de l'illustration chez Sud Ouest
Un gendarme de dos, une voiture de police en gros plan, un fourgon de pompiers au gyrophare déchirant la nuit… Ces images tirées des archives illustrent régulièrement des faits divers sur sudouest.fr. Contrairement au papier, l'article en ligne ne peut se passer de photo, une nécessité qui s'accompagne de règles précises.
Une charte éditoriale sans compromis
« La photographie retouchée est interdite », stipule la Charte de la rédaction de Sud Ouest. Cette position explique pourquoi le journal ne floute pas ses images. L'utilisation d'un photomontage doit être explicitement indiquée dans le crédit photo, tout comme le recours à une photo d'illustration.
Les lecteurs pointent régulièrement des redondances dans l'utilisation de ces clichés. Un habitant de Hourtin en Gironde remarque : « Encore aujourd'hui, un article sur un jugement après des menaces envers un maire est accompagné d'une photo du tribunal de Bordeaux. En bas de la même page, un jugement pour l'agression d'un contrôleur en gare Saint-Jean est illustré par une photo de la gare. »
Des illustrations parfois déconnectées
Un abonné girondin soulève une question pertinente : « À quoi servent ces photos ? Tout comme celle de l'hôtel de police dès que l'on arrête quelqu'un… » Il cite un exemple frappant : un petit article relatant une collision entre une rame de tramway et une cycliste devant la mairie du Bouscat est illustré par une photo nocturne montrant un tram arrêté devant ce qui semble être la place de la Bourse à Bordeaux.
Parfois, des personnes demandent le retrait de documents des archives. Une institutrice confie : « Il y a quelques années, j'ai accepté d'être prise en photo lors d'un reportage dans ma classe. Depuis, assez souvent, quand il s'agit d'illustrer une thématique scolaire, on republie une de ces photos. Me voir dans un contexte peu flatteur comme la violence à l'école ou les réductions d'effectifs ne m'enchante guère… Même si je ne suis pas présentée de face, je me reconnais, mes collègues et mes proches aussi. »
Les défis pratiques de l'illustration journalistique
Claude Petit, chef du service photo de Sud Ouest, reconnaît que ces photos prétexte n'ont pas toujours de rapport direct avec le fait précis. « Mais, précise-t-il, comme notre site internet est un grand consommateur, je demande aux reporters photographes d'essayer, lorsqu'ils se déplacent sur un fait divers ou de société, d'engranger le maximum d'archives afin de permettre aux collègues du web de disposer de la plus grande variété possible. »
Les contraintes légales et éthiques
Rachel Gervais, cheffe d'édition expérimentée, résume la problématique : « Les prises de photos sont interdites pendant les audiences de justice. Alors on fait comme on peut. Les photographes attendent l'arrivée des prévenus au palais de justice, font des portraits des avocats. Certains témoignages, intimes, sont difficiles à illustrer : femmes victimes de violences, enfants mineurs placés. En effet, on scénarise des photos de crèches, de lieux de soins, de tout petits. Bon nombre d'enfants de journalistes ont servi de modèles ! »
La gestion d'une banque de 11 millions d'images
Techniquement, les journalistes de Sud Ouest ont à disposition une banque interne de 11 millions d'images. S'ils n'y trouvent pas le document idoine, ils s'adressent au service documentation. Ses membres ont accès aux archives de l'Agence France Presse comme à celles de la banque d'images de la presse quotidienne régionale.
Il existe aussi d'autres ressources généralistes comme Shutterstock ou spécialisées, par exemple en clichés de l'espace ou de photos animalières. À la « doc », Jean-Michel Selva est le journaliste iconographe que beaucoup appellent à la rescousse. « L'échange avec le collègue demandeur est important, pour bien cerner son besoin, explique-t-il. Puis j'essaie de coller au mieux à la thématique tout en sélectionnant la plus belle image possible. Avec l'habitude, on « scrolle » [on fait défiler à l'écran] assez vite, à l'instar des jeunes sur le Net ! »
Pourquoi la même photo revient-elle si souvent ?
Mais pourquoi une même photo peut-elle apparaître si fréquemment dans le journal, comme sur sudouest.fr ? « C'est simple, sourit Jean-Michel Selva. Dans notre banque interne, la dernière photo parue est toujours proposée en premier. C'est donc souvent celle qui est prise quand on ne prend pas le temps d'affiner la recherche. » Un domaine dans lequel nous, journalistes de Sud Ouest, devons nous améliorer, reconnaît-il.
Cette pratique explique en partie la répétition d'images similaires pour illustrer des sujets différents. La pression du temps et la facilité d'accès aux dernières photos archivées créent parfois un effet de redondance que les lecteurs remarquent et critiquent.



