Une journée historique pour Sud Ouest : deuil et triomphe olympique
Le 13 février 1968, la Une du journal Sud Ouest présente un contraste saisissant, encadrée d’un rectangle noir en signe de deuil. Alors que la France célèbre les médailles d’or et de bronze remportées par Marielle Goitschel et Annie Famose aux Jeux olympiques de Grenoble, le journal annonce la mort brutale de son fondateur, Jacques Lemoîne, survenue à Paris des suites d’une crise cardiaque. Cette édition, publiée un jour de Saint-Valentin, mêle ainsi la joie du succès sportif à la tristesse d’une perte majeure pour la presse régionale.
Le triomphe des skieuses françaises aux JO de Grenoble
À droite de la Une, une photo capture un moment de liesse : le premier ministre Georges Pompidou félicite les championnes Marielle Goitschel, Annie Famose et Isabelle Mir. « Merci petite », aurait déclaré Pompidou à Goitschel avant de l’embrasser. La France poursuit sa razzia sur les médailles avec l’or et le bronze, l’argent revenant à la Canadienne Nancy Greene. Marielle Goitschel, championne olympique du slalom spécial, succède ainsi à sa sœur Christine, titrée en 1964, ajoutant un titre manquant à son palmarès.
La mort de Jacques Lemoîne, fondateur de Sud Ouest
À gauche, la nouvelle de la mort de Jacques Lemoîne plonge la rédaction dans la stupeur. Né en 1895 à Paris, Lemoîne était un ancien combattant décoré de la Première Guerre mondiale et un résistant actif pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1944, il fonde Sud Ouest à la Libération, devenant un patron respecté et humain, décrit comme un « pater » au sens latin. Son engagement s’étendait au-delà du journalisme : il était vice-président de l’AFP et du Syndicat national de la presse, et s’investissait dans des œuvres sociales, comme la création d’une caisse de logements à Bordeaux.
Un héritage durable et une succession familiale
Jacques Lemoîne laisse un héritage intellectuel et professionnel significatif. Poète et peintre, il publia des recueils et exposa ses œuvres. Après sa mort, son épouse Eliette lui succède à la tête du groupe, puis leur fils Jean-François Lemoîne prend les rênes en 1974. Malgré un accident le rendant tétraplégique en 1991, Jean-François dirige le groupe jusqu’à son décès en 2001, transformant Sud Ouest en un groupe médiatique diversifié. Eliette Lemoîne s’éteint en 2013 à l’âge de 97 ans.
Cette édition de Sud Ouest reste un témoignage poignant des émotions contradictoires qui peuvent marquer l’histoire d’un journal, entre célébration nationale et deuil personnel.



