Game of Thrones expédié en 30 minutes au lieu de 55, podcasts écoutés à vitesse x1,5, vidéos TikTok de trois minutes jugées interminables : le speed watching s'impose comme une pratique dominante chez la génération Z. Cette méthode consiste à visionner films, séries et autres contenus vidéo en accéléré, souvent à des vitesses de x1,25 ou x1,5. Sur les réseaux sociaux, les témoignages se multiplient : « Est-ce que je suis le seul qui regarde les séries en accéléré ? Moi j'ai ma vitesse fois 1,25 », confie un utilisateur.
Les plateformes emboîtent le pas
Netflix, YouTube et d'autres services de streaming ont intégré des options d'accélération pour répondre à cette demande croissante. Désormais, il est possible de régler la vitesse de lecture selon ses préférences, une fonctionnalité longtemps réservée aux podcasts. Le phénomène ne se limite pas aux vidéos : sur TikTok, le hashtag #speedsong cumule plus de 2,4 millions de publications proposant des morceaux accélérés, tandis que Spotify regorge de playlists conçues pour être écoutées en x2.
Une accélération culturelle générale
Pour Clément Combes, enseignant-chercheur en sociologie, « le speedwatching s'inscrit dans un mouvement d'accélération des consommations culturelles ». Les réseaux sociaux, en sollicitant constamment notre attention via la dopamine, modifient profondément nos habitudes. L'immédiateté et la gratification rapide deviennent la norme, poussant les utilisateurs à consommer toujours plus de contenu en moins de temps.
Le cerveau s'adapte, l'étude le prouve
Paradoxalement, notre cerveau semble bien s'adapter à ce rythme effréné. Une étude menée par l'université de Californie révèle que 85% des étudiants consomment leurs contenus en accéléré. Plus surprenant encore : ceux qui ont écouté un cours sur l'Empire romain en vitesse x2 ont obtenu des résultats identiques à ceux qui l'ont écouté en vitesse normale. Le gain de temps apparent cache toutefois une transformation profonde de notre rapport à la culture et à l'attention.
Un phénomène aux multiples facettes
Le speed watching interroge sur la qualité de l'expérience culturelle. Regarder une œuvre en accéléré, c'est en modifier le rythme, l'émotion, parfois même le sens. Les créateurs s'inquiètent de voir leurs productions dénaturées, tandis que les plateformes y voient une opportunité d'augmenter le temps d'écoute. L'émission « Tant d'écrans », diffusée chaque vendredi à 18h30 sur 20 Minutes TV, consacre un épisode à ce phénomène, explorant ses implications sur notre quotidien et notre culture numérique.



