L'Institut Jonathas accuse la RTBF de biais pro-Hamas via une analyse IA
RTBF accusée de biais pro-Hamas par une analyse IA

Une analyse par intelligence artificielle met en lumière des déséquilibres éditoriaux

Fondé à Bruxelles en mars 2024 en réaction aux massacres du 7 octobre 2023 et à leurs conséquences en Europe, l'Institut Jonathas a sollicité ChatGPT pour évaluer l'objectivité de la couverture médiatique de la Radio télévision belge francophone (RTBF). L'étude porte sur la première année suivant les attaques, analysant 2 181 articles publiés entre le 7 octobre 2023 et le 7 octobre 2024, dont 74% s'appuyaient sur des dépêches d'agences de presse.

Dès le début du conflit, la RTBF, comme de nombreux médias occidentaux, a été confrontée à des accusations de partialité, tantôt perçue comme pro-Israël, pro-palestinienne, voire pro-Hamas. Le 7 novembre 2023, la chaîne a publié une mise au point intitulée « Comment la RTBF traite-t-elle de la guerre au Proche-Orient ? », reconnaissant recevoir quotidiennement de nombreuses interrogations sur son traitement éditorial.

Une méthodologie inspirée du rapport Asserson sur la BBC

Pour obtenir des résultats robustes et reproductibles, l'Institut Jonathas a confié à une intelligence artificielle une « analyse de sympathie », s'inspirant d'un travail similaire réalisé sur la couverture de la BBC. Cette précédente étude, le rapport Asserson publié en septembre 2024 et commandité par l'avocat britannique Trevor Asserson, avait conclu à une disparité flagrante, avec 62% à 66% des articles en anglais et 92% à 96% des articles en arabe créant de la sympathie pour la partie palestinienne. La BBC avait catégoriquement rejeté ces conclusions, contestant la pertinence du critère de « sympathie » pour évaluer l'impartialité.

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L'Institut Jonathas a poursuivi malgré ces objections, bénéficiant des contrôles méthodologiques du rapport Asserson. L'analyse a posé six questions fermées (oui/non) à l'IA pour chaque article et titre, visant à déterminer si ceux-ci généraient de la sympathie pour six acteurs : Israël, Gaza, les Israéliens, les Palestiniens, l'armée israélienne et le Hamas.

Des résultats révélateurs d'un déséquilibre persistant

Les conclusions sont proches de celles concernant la BBC : la RTBF a publié deux fois plus d'articles créant de la sympathie pour Gaza que pour Israël sur un an. Les auteurs concèdent que ce déséquilibre pourrait s'expliquer par l'asymétrie des pertes humaines et des destructions, une empathie naturelle envers les populations bombardées.

Cependant, le problème majeur identifié est que près de 20% des articles créent de la sympathie pour le Hamas, mouvement classé terroriste par l'UE, la Suisse et les États-Unis. Pendant 10 semaines sur 53, les articles favorables au Hamas ont même été plus nombreux que ceux favorables à Israël. Le déséquilibre pro-Hamas est apparu dès le 14 octobre 2023, alors que certaines victimes du 7 octobre étaient encore entre la vie et la mort.

L'Institut Jonathas estime que cette tendance n'est pas fortuite mais révèle un biais antérieur au 7 octobre, largement partagé au sein de la rédaction, associant une sensibilité aux narratifs palestiniens à une sympathie pour leur cause.

Un institut sérieux soutenu par des experts reconnus

L'Institut Jonathas, qui ne prétend pas représenter l'ensemble de la communauté juive belge (estimée à 40 000 personnes), n'est pas un groupuscule marginal. Il compte parmi ses membres les historiens Joël Kotek et Marc Knobel, ainsi que la sénatrice Viviane Teitelbaum (Mouvement réformateur). Ces derniers avaient déjà publié un rapport en octobre 2025 sur les biais de la presse belge concernant Gaza.

Une réaction véhémente de la RTBF

La RTBF a rejeté avec fermeté la méthodologie et les conclusions de l'étude, contestant notamment l'accusation selon laquelle ses prétendus biais auraient le « pouvoir toxique de générer de l'antisémitisme en Belgique ». La chaîne a reproduit l'expérience avec ChatGPT, obtenant un taux de 13% d'articles créant de la sympathie pour le Hamas (contre 19% avancé par Jonathas), mais juge ce chiffre lui-même irrecevable.

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Elle argue qu'un titre factuel comme « Guerre Israël – Gaza : le ministère de la Santé du Hamas annonce 12 morts dans une école de l'ONU après un bombardement » est interprété par l'IA comme créant de la sympathie pour le Hamas, démontrant selon elle la binarité biaisée de l'approche.

Un débat qui dépasse les frontières belges

Ce rapport s'inscrit dans un contexte plus large de remise en question de l'impartialité des médias publics. En novembre 2025, le directeur général de la BBC, Tim Davie, et la directrice de l'information, Deborah Turness, ont démissionné suite à des manquements à l'impartialité, notamment concernant Gaza, révélés par le rapport Prescott.

En Belgique, la RTBF est déjà sous le feu des critiques de la droite francophone (MR), qui l'accuse de partialité. La ministre des Médias Jacqueline Galant a récemment déclaré que « dans la nouvelle génération de journalistes, il y a quand même beaucoup de gauchos », visant clairement la chaîne publique.

L'affaire pourrait faire école en France, où l'Institut Thomas-More a tenté d'évaluer le pluralisme dans l'audiovisuel public en 2024, et où l'Arcom expérimente également l'IA pour surveiller la pluralité des points de vue. L'utilisation croissante de l'intelligence artificielle par les rédactions elles-mêmes rend difficile le refus de son emploi pour évaluer leur travail, marquant probablement le début d'un mouvement de fond.