Un grand moment pour le journalisme
Le 16 mai 1990, Yves Harté s'est vu remettre le 52e prix Albert-Londres, pour ses grands reportages sur l'Afghanistan et les pays de l'Est. Il repartait dès le lendemain pour la Roumanie afin d'assurer la couverture des élections. Cet événement a été marqué par deux articles parus dans Sud Ouest le 17 mai 1990.
Métier : grand témoin
Le prix Albert-Londres couronne, pour la troisième fois, un journaliste de Sud Ouest. Cela nous donne beaucoup de joie et, avouons-le, un peu de fierté. Avec le lauréat de cette année, Yves Harté, comme avec tous les journalistes de la rédaction, nous avons pour belle ambition de servir l'information dans toutes les dimensions de son exigence, qu'elle soit celle du plus petit village de notre région ou celle qui surgit à l'autre bout de l'Europe ou du monde.
Le grand reportage, abandonné par certains titres, minoré par d'autres, tient à Sud Ouest la place que le journal tient dans la presse française. Une place importante, c'est une tradition. C'est aussi une éthique : si les agences internationales nous aident dans notre récit quotidien du monde, nous voulons prendre une part personnelle, avec notre propre regard et nos propres valeurs, à la recherche de l'explication des choses au plus près de la vérité, jouant ainsi pleinement tous les risques de notre métier.
Tant qu'il y aura au milieu des hommes, ici et ailleurs, des journalistes libres et exigeants, qui veulent comprendre pour bien dire, les consciences ne s'assoupiront pas faute de nouvelles. Plus que jamais notre planète, à la recherche de sécurité et de liberté contre les dangers et les asservissements qui la menacent, exige des témoins : nous voulons, pour notre part, répondre à cette mission.
Yves Harté, le regard de Sud Ouest sur le monde
Yves Harté aura été, pour nos lecteurs, le regard de Sud Ouest sur les événements d'Afghanistan, d'Espagne, d'Algérie, mais principalement, depuis quelques mois, des pays de l'Est. Il était là quand le mur de Berlin craqua, il était là pour pleurer d'émotion avec les Praguois au retour de Dubcek, il était là pour suivre la tragédie roumaine à Timisoara.
Ce prix Albert-Londres, dans les difficultés nombreuses de notre beau métier, est un moment de joie pour nous, les journalistes de Sud Ouest, mais aussi pour tous ceux qui participent à la réalisation et à la diffusion quotidiennes de ce journal. Joie - mais aussi fierté - que nous souhaitons partager avec nos lecteurs fidèles et exigeants.
Au cœur de la mêlée
Du plus loin qu'il nous appelle, Yves Harté nous demande toujours des nouvelles du pays, comprenez le Sud-Ouest. Un résultat de rugby, le cartel d'une corrida, le passage des palombes. Des nouvelles du temps aussi, tout simplement. À Saint-Sever, sa ville natale, à Mimizan où il aime à poser son sac, Yves retrouve sa querencia : la forêt, les dunes, l'océan. Le vent, les nuages, l'eau. À l'en croire, il pourrait, sans attendre la préretraite, y occuper un poste d'envoyé spécial permanent, se partageant l'hiver entre le rugby des sables et celui des argiles, l'été entre les concours de vaches et les novilladas de Mugron ou de Parentis.
Ses bonheurs sont là, tout près, entre le banquet des 100 kilos, les réunions familiales et les voyages au bout de la nuit montoise ou dacquoise. Pour lui, même après ce prix Albert-Londres, l'aventure se trouvera toujours là au coin du bois, dans la richesse de la quotidienneté. Ce n'est point un hasard s'il choisit, voici deux ans, la solitude comme thème de son premier grand reportage.
Ceux qui l'ont accueilli au chef-lieu des Landes, à ses débuts dans la profession, en 1979, ont gardé le souvenir d'un caractère bien trempé, d'un esprit frondeur, fureteur comme le demi de mêlée qu'il fut au Stade Saint-Séverin et qu'il n'a jamais cessé d'être au fond de lui-même. Sans doute cette curiosité exacerbée l'a-t-elle conduit progressivement, non sans déchirements ponctuels, à prendre quelques distances avec ses tropismes pour regarder la terre tourner et témoigner des grandeurs et des vicissitudes de la planète.
Yves a abordé la Roumanie par le rugby mais il avait compris, bien avant d'autres, que l'écrasement de son peuple préfigurait des bouleversements historiques. Au sein de la rédaction de Sud Ouest, Yves est ainsi devenu reporter sans bruit, et sans vraiment se rendre compte lui-même qu'il venait d'entrer dans la cour des grands, habité en permanence par le doute et l'inquiétude qui sont en journalisme deux qualités essentielles quand on a déjà le talent.
Yves Harté a appris à lire avec Sud Ouest qu'il découvrait chaque matin sur la table de la cuisine familiale. C'est dans notre journal qu'il a toujours rêvé d'exercer son métier. Il avance dans la vie et dans la profession comme un numéro 9. Il est sûrement heureux aujourd'hui que ses pairs aient pensé à en faire leur numéro un.
Deux fois déjà
Avec Yves Harté, le jury du prix Albert-Londres honore pour la troisième fois un journaliste de Sud Ouest. Yves Harté rejoint en effet au générique des Concours du journalisme Jean-Claude Guillebaud et Pierre Veilletet.
Le premier l'obtint en 1972 pour avoir ramené dans ses Carnets de route au Bengale un grand témoignage sur la guerre entre Bengalis et Pakistanais, les camps de réfugiés et le pullulement de l'Inde. Jean-Claude Guillebaud fut grand reporter à Sud Ouest jusqu'en 1972 avant de rejoindre le journal Le Monde, de produire quelques grandes émissions de télévision. Auteur de plusieurs essais, il assure chaque dimanche dans nos colonnes une chronique Paris-Province et dirige les Éditions Arléa.
Pierre Veilletet, se vit de son côté attribuer le prix en 1976 pour La Mort de Franco et son récit de l'interminable agonie du Caudillo qui allait plonger l'Espagne dans une situation passionnelle et complexe. Grand reporter à Sud Ouest, il a participé en 1979 au lancement des Cahiers de la corrida, animé avec Jean-Paul Kauffmann L'Amateur de Bordeaux. Rédacteur en chef de Sud Ouest Dimanche jusqu'en 1989, il a été rédacteur en chef adjoint de Sud Ouest et il est l'auteur de plusieurs livres. Il est décédé le 8 janvier 2013.
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