L'ancien dessinateur charismatique du Monde, invité d'honneur de Midi Libre, a répondu à des lecteurs et étudiants en journalisme ce jeudi au siège de notre titre. Une rencontre pleine de fraîcheur et de passion.
Quand Jean Plantureux, alias Plantu, rencontre des lecteurs de Midi Libre et de futurs journalistes, il force le trait à dessein. Cela s'est passé ce jeudi, dans le hall d'honneur de notre siège, où des dizaines d'étudiants en journalisme, média ou communication de l'université Paul-Valéry ont rencontré et bu les paroles de celui qui fut le mythique caricaturiste du Monde pendant près de cinquante ans. Des échanges parfois vifs et très constructifs avec les jeunes étudiants en journalisme de Montpellier ont animé le hall d'honneur de Midi Libre.
Un calice mêlé de fraîcheur, d'éthique, de passion et d'humour, pimenté par une impertinence de collégien. « Je me pose sans cesse des questions sur mon rôle de journaliste et de dessinateur », a lancé le Parisien pour se placer lui-même, à 74 ans, au centre des interrogations, comme un observateur toujours avisé – et parfois désespéré – de ce monde qui ne tourne plus dans le bon sens.
« Vous avez une belle révolution à faire avec les médias ! »
« Vous avez une belle révolution à faire avec les médias », a-t-il promis à sa jeune assistance, l'incitant à « ne pas vous attarder sur les infos douteuses qui passent en boucle pour faire de l'audience mais plus sur le vrai travail journalistique dont je suis fier. » Brossant en direct et en quelques traits, sur sa tablette, un adolescent pendu au K de TikTok, Plantu s'est dit « révolté » par les réseaux sociaux, « car on n'a pas fait notre boulot il y a 20 ans. Les algorithmes vous manipulent, il faut leur rentrer dans le lard ! », a-t-il encore lancé.
« Vivre la création artistique comme quelque chose de décalé »
Au fil des questions, évoluant dans les rangs comme un prof bienveillant au milieu de ses élèves, le dessinateur a évoqué les sujets « intouchables » pour chaque caricaturiste, et les astuces pour contourner ces interdits. « Il faut vivre le dessin, la création artistique comme quelque chose de décalé. Il faut que ce soit un dérapage contrôlé et surtout ne pas humilier le sujet traité dans le dessin », a-t-il résumé.
« Les magistrats ne m'ont pas convaincu de la culpabilité de Sarkozy »
Interrogé sur son récent dessin présentant Nicolas Sarkozy dans un M en forme de guillotine tenue par un magistrat, avec la mention « Je n'ai pas de preuve mais… », suite à sa condamnation à de la prison ferme, Plantu a assumé sa position : « Les magistrats ne m'ont pas convaincu de sa culpabilité et Dieu sait si je n'ai pas épargné Sarkozy pendant ma carrière. » « Vous remettez en cause une décision de justice en disant ça », l'interpelle un étudiant. « C'est mon droit. C'est ce qui s'appelle avoir une opinion car j'ai lu tout ce qui s'est écrit sur le sujet depuis le début de l'affaire », rétorque Plantu qui finit par prendre le jeune homme en défaut sur le document à l'origine de l'affaire.
« C'est votre liberté d'expression que l'on défend »
Farouche défenseur de la libre parole, le dessinateur a conclu sur ce vibrant conseil aux futurs journalistes : « Les peurs se sont installées mais il faut foncer ! Si on s'endort, la dictature s'installe. Regardez aux États-Unis… Même sans le papier, il y aura toujours des dessins. Et à travers eux, c'est votre liberté d'expression que l'on défend. »



