Philippe Leclant : « La culture est menacée de mort »
Philippe Leclant : « La culture est menacée de mort »

Philippe Leclant, fondateur du festival de musique ancienne de Maguelone et président des Muses en Dialogue, publie une tribune dans Midi Libre où il alerte sur la situation critique de la culture en France. Il dénonce une « confusion sémantique » autour du terme « culture » qui, selon lui, « est porteuse d’une condamnation à mort ».

Un constat alarmant

Fort de plus de quarante ans d’expérience dans la production de concerts et de son passé de pionnier des musiques anciennes, Leclant observe avec effroi que « le paysage culturel français est un abîme béant ». Il oppose deux tendances : d’un côté, « la standardisation, la quête du moyen et le culte du médiocre », de l’autre, « la revendication de l’excellence, du talent, du rare ». Il critique également la dématérialisation et les spectacles démesurés au détriment de la rencontre et du partage émotionnel.

Une sémantique dangereuse

Pour Leclant, le mot « culture » est devenu un « terme tiroir » qui désigne à la fois le loisir, l’animation, le divertissement et la communication, au lieu de représenter « un moyen d’épanouissement et d’élévation à la fois personnel et collectif ». Cette confusion, dit-il, « est porteuse d’une condamnation à mort ». Il affirme que les festivals, les scènes nationales et d’autres structures voient leur survie remise en cause et leur intégrité artistique menacée « à force de saupoudrages arbitraires, de renoncements et de défausses ».

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Le danger de la rentabilité

Le fondateur dénonce la pression exercée sur la culture pour qu’elle devienne moins chère, voire rentable. Il cite le duc de La Rochefoucauld : « L’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu ». Il explique que pour répondre à cette quadrature du cercle, on sacrifie la nature ou la qualité des programmations : moins de musiciens, des œuvres minimalistes, des répertoires rebattus, des interprètes connus, moins de dates, ce qui entraîne une perte d’identité et de talents.

Un appel aux pouvoirs publics

Leclant s’inquiète du reflux des subventions au profit d’« énormes opérations de communication », qu’il qualifie de « catastrophe au sens premier du terme ». Il prévient que des structures, des artistes et des fenêtres ouvertes sur le monde pourraient disparaître à court terme. Plus grave encore, selon lui, la civilisation proposée par ces choix « est une fabrique de consommateurs interchangeables » qui reléguera la quête du beau au rang de « rossignols ».

Un plan d’urgence exigé

Philippe Leclant en appelle solennellement au ministère de la Culture, aux décideurs des collectivités territoriales et aux forces économiques. Il déclare : « Il est temps de rebattre les cartes avec lucidité et, c’est essentiel, avec optimisme : notre modèle culturel mérite un plan d’urgence et nous sommes fondés à l’exiger, sur-le-champ. » Il conclut en rappelant que la culture, en France, « n’est plus le devoir de personne ».

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