Philippe Bouvard, le célèbre patron des « Grosses têtes » sur RTL, s'est éteint. Réputé pour ses coups de griffes, il n'épargnait personne, surtout pas lui-même. Il appartenait à une espèce en voie de disparition : celle des libres penseurs qui ne cherchent ni à plaire ni à complaire.
Un autoportrait sans concession
Dans les écoles de journalisme, on appelle cela la « question joker ». Celle que l'on pose en fin d'entretien et que l'on jette sur la table comme on tire une carte, au hasard. Ce jour de 2007, dans le jardin de son hôtel particulier, nous demandons à Philippe Bouvard ce que le jeune homme qu'il était penserait du septuagénaire qu'il est devenu. Aussitôt, son œil frise, ses épaules tressautent au-dessus de son fauteuil. Il sourit : « Eh bien… Il dirait que je suis devenu le prototype du genre de type qu'il ne pouvait pas encadrer. Un parvenu avec un tiroir-caisse à la place du cœur. Il me détesterait ! »
Moment de vérité ou exercice d'autodérision ? Le rire, noyé dans un verre généreux de Château Margaux, laisse planer un doute. Le patron historique des Grosses têtes complétera cet autoportrait, six ans plus tard, dans l'un de ses livres (1) : « J'ai été un jeune sacripant, mais pas flemmard, avant de devenir un vieux con, mais pas blasé ».
Un esprit libre et cultivé
Réputé pour ses coups de griffes, Bouvard prouvait ainsi qu'il n'épargnait personne – surtout pas lui-même. Cette fine gueule ne pratiquait pas la langue de bois. Il appartenait à une espèce en voie de disparition : celle des libres penseurs qui ne cherchent ni à plaire ni à complaire. Il fut l'un des derniers à conjuguer l'humour égrillard avec un esprit maturé de culture, capable de relayer sur RTL les questions de « Madame Bellepaire de Loches » avant de disserter sur les grands maîtres de la littérature française du XIXe siècle.
Il regrettait cette singularité, lui qui n'avait pas de mots assez enfiellés pour ses « successeurs » autoproclamés. Inclassable à part entière, il restera, à jamais, entièrement à part.
1. Je crois me souvenir… par Philippe Bouvard (Flammarion, 2013)



