Rupert Murdoch fête ses 95 ans : un empire bâti sur les rotatives et les déchirements familiaux
Le 11 mars prochain, Rupert Murdoch célébrera son quatre-vingt-quinzième anniversaire. Véritable roi Lear des médias, cet homme a accumulé une fortune colossale de 17 milliards de dollars, mais a également détruit sa propre famille et profondément endommagé la démocratie américaine au passage. Son empire médiatique, qui ne connaît pas de coucher de soleil, s'étend à travers News Corp et Fox Corp, englobant des géants comme Fox News, des titres prestigieux tels que The Wall Street Journal et The Times, des tabloïds controversés comme The Sun et The New York Post, sans oublier l'éditeur HarperCollins.
Une inspiration pour Succession et une saga familiale plus incroyable que la fiction
Le nonagénaire a directement inspiré la série à succès Succession, à tel point qu'il a interdit à son ex-épouse Jerry Hall de communiquer avec les scénaristes de HBO après leur divorce. Pourtant, entre trahisons, coups bas et déchirements politiques, les péripéties de la dynastie Murdoch surpassent en réalité celles du dysfonctionnel clan Roy à l'écran. Dans son ouvrage récent Bonfire of the Murdochs, le journaliste Gabriel Sherman retrace avec brio cette saga qui mêle Shakespeare et Hunger Games.
Des origines australiennes et une jeunesse socialiste surprenante
Tout commence en Australie, où son père Keith Arthur Murdoch pratique déjà un journalisme sensationnaliste. Formé à Fleet Street, il transmet à Rupert deux leçons fondamentales : les journaux représentent le pouvoir, et les règles sont faites pour être enfreintes. Étonnamment, le futur propriétaire de Fox News fut dans sa jeunesse un socialiste convaincu, surnommé "Camarade Rupert" à Oxford, où il vantait Lénine dans ses lettres familiales.
La construction d'un empire médiatique vorace
De retour en Australie, Murdoch adopte la devise "S'étendre ou périr". En 1968, il s'empare du tabloïd britannique News of the World, puis de The Sun qu'il transforme radicalement avec des titres provocateurs et la fameuse page 3 topless, déclenchant l'ire des féministes et des conservateurs. Son ingérence éditoriale est totale : "Je ne suis pas venu d'Australie pour ne pas intervenir." En 1979, il soutient Margaret Thatcher, convertissant le lectorat ouvrier de The Sun à la révolution libérale.
L'expansion américaine et le darwinisme familial implacable
Dès 1973, Murdoch pose le pied aux États-Unis avec l'acquisition de quotidiens à San Antonio, puis du New York Post en 1976. Pendant ce temps, ses enfants comprennent que les affaires sont le seul langage commun avec leur père. Lachlan, le fils préféré, partage son conservatisme ; James, le rebelle, fuit Harvard pour suivre des groupes de rock ; Elisabeth mobilise toute son intelligence pour compenser son statut de fille ; Prudence, issue d'un premier mariage, reste en marge.
Scandales, divorces et guerres de succession
En 2011, le scandale du piratage téléphonique (Murdochgate) force la fermeture du News of the World après 168 ans, et James sert de bouc émissaire. Les conflits s'intensifient lorsque Rupert épouse la stagiaire Wendi Deng, puis la mannequin Jerry Hall, créant de nouvelles lignes de fracture. Le trumpisme divise encore davantage la famille : James veut purger Fox News, tandis que Lachlan soutient le mouvement Maga.
Un épilogue judiciaire et des relations toujours ambiguës avec Trump
En 2024, la famille se retrouve devant un tribunal du Nevada, où trois enfants s'allient contre Lachlan. Un accord en 2025 confirme ce dernier comme héritier, contre plus de 3 milliards de dollars versés à ses frères et sœurs. Quant à Donald Trump, leurs relations restent complexes : tout en portant plainte contre le Wall Street Journal, Trump a récemment invité Murdoch à dîner à la Maison-Blanche, prouvant que les affaires et les ambitions transcendent les conflits.



