Mediawan face à la commission d'enquête parlementaire sur son identité française
Le jeudi 26 février 2026, le groupe Mediawan, géant mondial de la production derrière des succès comme Dix pour cent ou Miraculous, a été auditionné par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur l'audiovisuel public. L'objectif principal était de rassurer les députés sur l'ancrage français de l'entreprise, malgré les interrogations persistantes concernant l'influence de son actionnaire américain KKR.
Un débat houleux sur le contrôle américain présumé
Fondé en 2015 par les Français Pierre-Antoine Capton, Xavier Niel et Matthieu Pigasse, Mediawan est devenu un acteur majeur à l'international, présent jusqu'à Hollywood. Cependant, le député Charles Alloncle (UDR, allié du RN), rapporteur de la commission, a soulevé à plusieurs reprises la question de la détention majoritaire par le fonds d'investissement américain KKR. Il a ainsi suggéré que des fonds publics français pourraient indirectement financer des intérêts étrangers, créant une polémique sur l'utilisation de l'argent du contribuable.
La défense ferme de Pierre-Antoine Capton
Dès le début de son audition, Pierre-Antoine Capton, cofondateur et dirigeant de Mediawan, a tenu à clarifier la situation : « J'aimerais qu'on ne dise plus que Mediawan est un groupe sous contrôle américain, ce qui n'est pas le cas : c'est un groupe français au sens juridique, fiscal et opérationnel ». Il a ensuite énuméré les preuves de cet ancrage hexagonal :
- Le siège social est situé à Paris
- Les équipes sont basées en France
- Les décisions stratégiques sont prises en France
- Le groupe est soumis au droit, à la fiscalité et aux obligations sociales françaises
KKR : un actionnaire important mais non majoritaire
Malgré ces affirmations, Charles Alloncle a insisté pendant plus d'une heure sur le rôle de KKR, soutenu par le président de la commission Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), qui a évoqué le contexte de « guerre audiovisuelle et cinématographique » avec les États-Unis. En réponse, Pierre-Antoine Capton a reconnu que KKR est un actionnaire important, mais a nié qu'il détienne le contrôle ou la majorité du capital. Les dirigeants ont toutefois refusé de divulguer la répartition exacte du capital, invoquant le secret des affaires, d'autant que Mediawan n'est plus coté en Bourse.
L'expansion internationale et le poids de France Télévisions
L'entrée de KKR dans le capital en 2020 a accéléré la dimension internationale de Mediawan, qui rassemble désormais 80 maisons de production dans le monde, dont des sociétés américaines prestigieuses comme Plan B (présidée par Brad Pitt) ou The North Road Company. Le groupe peut se targuer de succès mondiaux comme la série Adolescence sur Netflix ou les films Le comte de Monte-Cristo et F1.
Pierre-Antoine Capton a également cherché à relativiser l'importance de France Télévisions dans le modèle économique de Mediawan. Il a assuré que « notre développement ne repose pas sur le service public », précisant que les contrats avec France Télévisions représentent moins de 5% de l'activité consolidée mondiale du groupe, mais environ 25% en France, pour un montant annuel d'environ 100 millions d'euros.
Les accusations de partialité politique
Charles Alloncle a également abordé la question des conflits d'intérêts et de l'opacité dans l'audiovisuel public, accusant ce dernier de pencher idéologiquement à gauche. Il a interrogé Pierre-Antoine Capton sur le positionnement politique de Matthieu Pigasse, qui revendique ouvertement son opposition au Rassemblement National. Capton a répondu que les prises de parole de Pigasse sont personnelles et n'engagent pas Mediawan, rappelant que ses associés devaient être auditionnés dans l'après-midi.
Cette audition a mis en lumière les tensions entre la défense de l'identité française de Mediawan et les réalités de son actionnariat international, dans un contexte politique sensible où la souveraineté culturelle et économique est au cœur des débats.



