Le maire de Saint-Denis réclame la fermeture de CNews après des propos qualifiés de racistes
Maire de Saint-Denis veut fermer CNews pour racisme

Le maire de Saint-Denis exige la fermeture de CNews après des déclarations controversées

Bientôt une chaîne en moins dans le paysage audiovisuel français ? C'est en tout cas ce que souhaite Bally Bagayoko, le maire La France Insoumise de Saint-Denis, qui a lancé un appel vibrant à la fermeture de CNews. Il qualifie cette chaîne d'information de « chaîne raciste » à la suite de la diffusion de propos polémiques le visant directement. Cependant, fermer une chaîne de télévision ne représente que l'aboutissement d'un processus extrêmement long et complexe, impliquant des régulations strictes.

Une polémique qui enfle autour de CNews

« Est-ce que nous sommes obligés d'avoir une offre médiatique avec des chaînes racistes comme CNews et d'autres ? », a déclaré avec force Bally Bagayoko à l'AFP mercredi 1er avril 2026. La controverse fait rage concernant le traitement réservé à l'édile sur cette chaîne d'information, qui appartient au milliardaire conservateur Vincent Bolloré. Les tensions ont atteint leur paroxysme lorsque, vendredi 27 mars 2026, un psychologue nommé Jean Doridot a tenu des propos jugés offensants en plateau.

Il a estimé qu'il était « important de rappeler que l'homo sapiens, nous sommes des mammifères sociaux et de la famille des grands singes » et que « dans toute collectivité, dans toute tribu […] il y a un chef qui a pour mission d'installer son autorité ». Puis, le samedi suivant, le philosophe Michel Onfray a évoqué « une tribu primitive » et a attribué à Bally Bagayoko une attitude de « mâle dominant ». Ces déclarations ont provoqué une indignation immédiate de la gauche et du gouvernement.

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En réponse, le maire a déposé plainte mercredi 1er avril contre CNews, Jean Doridot et Michel Onfray. Le gouvernement étudie également la possibilité de poursuites judiciaires. Bally Bagayoko et plusieurs élus de gauche agissent sur un autre front en saisissant l'Arcom, l'autorité de régulation de l'audiovisuel, avec de multiples signalements. Le maire insiste sur le fait que le régulateur « doit être beaucoup plus sévère ». De son côté, CNews, première chaîne d'information en part d'audience en 2025, a catégoriquement réfuté tout « propos raciste » à l'antenne.

Le processus de sanctions de l'Arcom : de la suspension à l'interdiction

L'Arcom, une autorité administrative indépendante, est chargée d'attribuer aux chaînes et radios le droit d'émettre, sous réserve du respect d'obligations strictes. En cas d'infraction, l'Arcom agit de manière graduelle. Elle peut d'abord émettre une « mise en demeure », étape obligatoire avant toute sanction. Les sanctions elles-mêmes relèvent d'un processus plus lourd : un rapporteur instruit le dossier, et l'autorité peut ensuite infliger à une chaîne une amende, plafonnée à 3 % du chiffre d'affaires, voire 5 % en cas de récidive.

Au-delà des amendes, l'Arcom a le pouvoir d'ordonner la suspension d'un programme, la réduction de la durée d'autorisation d'émettre (pour un maximum d'un an), et enfin « le retrait de l'autorisation » elle-même. CNews est régulièrement épinglée par l'Arcom ; par exemple, en février, elle a écopé de deux amendes totalisant 100 000 euros pour deux séquences diffusées à l'été 2025. Selon l'autorité, ces séquences pouvaient potentiellement inciter à la discrimination des musulmans et des Algériens.

La lutte contre le « racisme décomplexé » et les défis du pluralisme

L'Arcom souligne qu'elle ne peut intervenir qu'a posteriori et qu'elle « ne s'immisce pas dans la ligne éditoriale des chaînes », tant que les règles du pluralisme sont respectées. Son président, Martin Ajdari, met en avant la « complexité » de la mission de l'autorité, qui se trouve « sous le feu de critiques simultanées de laxisme et de censure ». En première ligne, la députée écologiste Sophie Taillé-Polian a demandé à l'Assemblée nationale une mission d'évaluation sur le régulateur.

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Elle estime que l'Arcom doit jouer « son rôle de gendarme de l'audiovisuel face au racisme décomplexé et aux fausses informations », et considère que « le sentiment d'impunité » doit « cesser ». Elle ajoute : « Nous devons évaluer les moyens juridiques et financiers » de l'autorité. Selon elle, « le pluralisme interne n'est pas respecté » sur CNews, bien que l'Arcom n'ait pas constaté de manquement à ce jour.

Cependant, depuis une décision du Conseil d'État en 2024, l'Arcom est tenue à un contrôle élargi du pluralisme. Elle s'intéresse désormais à « la diversité des invités, la variété des thèmes traités à l'antenne et la pluralité des opinions exprimées », ce qui s'avère difficile à mesurer objectivement. L'ONG Reporters sans frontières a saisi le régulateur en janvier sur la base de ce fondement, avec un dossier de 112 pages. L'Arcom doit statuer sur cette affaire dans les prochaines semaines.

Le précédent de C8 et l'avenir incertain de CNews

Après avoir infligé des millions d'euros d'amendes, l'Arcom avait décidé de ne pas reconduire la fréquence TNT de C8. Cette chaîne, qui appartenait comme CNews au groupe Canal+, a cessé d'émettre début 2025. Devant les députés la semaine dernière, Vincent Bolloré a estimé que C8 avait été « confisquée ». D'après lui, « celui qui était visé c'était moi, à travers Cyril Hanouna », son ancien animateur vedette.

Il a affirmé : « Nous ne sommes pas soumis, nous sommes libres et donc on déplaît » au sujet des sociétés et médias dans son giron. CNews, dont l'autorisation d'émettre sur la TNT a été renouvelée au même moment pour dix ans, pourrait-elle devoir fermer également ? Interrogé par les parlementaires, M. Bolloré a répondu avec prudence : « Tout est possible ». Cette situation soulève des questions cruciales sur l'équilibre entre liberté d'expression et lutte contre le racisme dans les médias français.