Péter Magyar annonce la suspension des médias publics hongrois dès son entrée en fonction
Magyar suspend les médias publics hongrois, promet réforme

Un échange tendu révèle les tensions entre le futur Premier ministre et les médias publics hongrois

L'atmosphère était électrique ce mercredi matin sur la chaîne d'information continue publique M1. Péter Magyar, vainqueur des législatives hongroises et futur Premier ministre, a interrompu la journaliste Beata Csete d'entrée de jeu : « J'entends qu'on vous a parlé dans l'oreillette... » Un échange révélateur des profondes tensions entre le nouveau pouvoir et les médias hérités de l'ère Orbán.

La suspension des médias publics annoncée comme première mesure

Péter Magyar a annoncé avec fermeté que sa première action après son entrée en fonction, prévue vers le 5 mai, serait la suspension immédiate des médias publics hongrois. « Je procéderai à leur refondation sur des bases éthiques et d'indépendance vis-à-vis des décideurs politiques », a-t-il déclaré, précisant que ces démarches s'effectueraient en toute légalité, en concertation avec les partis parlementaires et les organisations professionnelles.

La journaliste Beata Csete lui a immédiatement opposé que, dans le cadre législatif actuel, l'interruption du service public d'information n'est pas légale. Une objection que Magyar a balayée d'un revers de main, comparant la situation à « un voleur à l'étalage qui crie au policier de ne pas voler ».

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Des accusations graves contre la direction de M1

Le ton est monté rapidement lorsque Péter Magyar a reproché à la journaliste : « Vous m'avez insulté matin, midi et soir, ainsi que ma famille et mes proches. » Il a affirmé ne pas avoir été invité sur la chaîne pendant un an et demi, ce que Beata Csete a contesté.

Plus grave encore, il a directement ciblé les dirigeants de M1, Attila Varhegyi et Daniel Papp, les qualifiant de « falsificateurs d'informations » et soulignant qu'ils ont été officiellement condamnés par la justice pour ces faits. « Chez vous, il a aussi été publié qu'en Allemagne il n'y a pas d'Internet. Chez vous, on a même diffusé qu'en Allemagne les gens ne font pas l'amour », a-t-il ironisé, dénonçant une « usine à propagande ».

Les priorités économiques du nouveau gouvernement

Sur le fond, Péter Magyar a détaillé avec méthode ses priorités économiques :

  • Le maintien et l'extension de la réduction des frais généraux (rezsicsökkentés), notamment pour les 1,5 million de Hongrois se chauffant au bois
  • Le rapatriement de la moitié des fonds européens bloqués (11 milliards d'euros sur 22) avant août
  • La création d'un fonds de reconstruction avec 2,7 milliards pour les hôpitaux (annulant la fermeture de 38 établissements ruraux)
  • 2,7 milliards supplémentaires pour la restauration des routes et du réseau ferroviaire
  • 2,7 milliards dédiés à l'efficacité énergétique et la diversification des approvisionnements

Il a particulièrement insisté sur la nécessité de sortir « peu à peu des griffes de Vladimir Poutine » et de soutenir les PME hongroises plutôt que les méga-usines de batteries asiatiques, suivant l'exemple polonais de Donald Tusk qu'il cite comme modèle.

La question ukrainienne et les relations internationales

L'échange s'est envenimé lorsque Beata Csete a interrogé Magyar sur le prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine, suggérant que le président Zelensky lui « dicte » sa conduite. « Comment faites-vous pour ne pas rire ? », a répondu le futur Premier ministre, estimant la question « grotesque ».

Il a rappelé que c'est bien Viktor Orbán qui, en décembre au Conseil européen, a donné son accord à ce prêt, à condition que la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque n'y souscrivent pas. Magyar estime qu'une fois le flux pétrolier rétabli, Orbán lèvera son veto technique comme l'ont déjà fait les dirigeants slovaques.

Une date symbolique et des voyages programmés

En conclusion, Péter Magyar a glissé une date importante : le 23 octobre prochain, 70e anniversaire de la révolution de 1956. « Le peuple hongrois a décidé de célébrer cet anniversaire non pas dans un État vassal de la Russie, mais dans une Hongrie souveraine, libre et indépendante », a-t-il déclaré.

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Il a également confirmé l'ordre de ses trois premiers voyages officiels : Varsovie chez Donald Tusk, Vienne (grand partenaire commercial) et Bruxelles. Il a rappelé ses quatre conditions pour libérer les fonds européens : rejoindre le Parquet européen, restaurer l'indépendance de la justice, mettre fin à la propagande d'État et rendre leur autonomie aux universités.

La réaction des médias publics

Le média indépendant Telex.hu rapporte que le personnel du groupe public a été réuni ce mercredi par le directeur de la chaîne, Zsolt Németh. Celui-ci a indiqué que rien ne changeait à ses yeux, ni les méthodes de travail, à savoir un contrôle strict de toutes les informations politiques.

Signe que les vieilles habitudes persistent : les noms des personnes incriminées par Magyar dans l'interview du matin ont été supprimés des reportages de la chaîne consacrés à cet entretien. Le patron a indiqué que ceux qui ne peuvent s'empêcher de manifester leur mécontentement peuvent prendre des congés en attendant.

L'échange s'est terminé sur une note sarcastique, avec Magyar glissant à la journaliste : « Faites attention à ne pas rire à la fin », en écho à sa pique sur la question ukrainienne. Beata Csete a répondu sèchement : « En ce qui concerne la vie des Hongrois, je n'ai pas l'habitude de rire. »