Une polémique née sur CNews
Dans les jours suivant le décès de Quentin Deranque le 14 février, le mouvement de la Jeune Garde a suscité de vives réactions médiatiques. Le dernier épisode en date s'est produit sur CNews dans la soirée du 21 février, lorsque Olivier Vial, président du syndicat étudiant UNI, a affirmé que la ville de Lyon donnait accès à ses images de vidéosurveillance à la Jeune Garde. Cette déclaration a été largement relayée sur les réseaux sociaux, alimentant une controverse immédiate.
Les propos d'Olivier Vial examinés
« Je rappelle que la mairie de Lyon - et là je pense que ce serait bien que l'on demande une clarification de sa part - a créé, en 2022, [via son] adjoint à la sécurité, un groupe de liaisons contre l'extrême droite, [dans lequel] il a mis la Jeune Garde. Sauf que ce qu'on ne dit pas souvent, […] c'est que ça comportait la vidéosurveillance. Cela veut dire que la Jeune Garde avait accès à la vidéosurveillance des lieux [où se trouvait] l'extrême droite », a-t-il assuré lors de son intervention.
Pour étayer ses dires, Olivier Vial a cité une interview de l'adjoint à la sécurité, Mohamed Chihi, datant de 2022, sans préciser le titre de presse concerné.
La vérification des faits
Comme l'ont relevé les confrères de Checknews, il s'agit en réalité d'une interview accordée au média lyonnais Petit Bulletin, publiée le 15 février 2022. Cet entretien portait sur les actions de la ville contre les groupuscules d'extrême droite, présents à l'époque dans des locaux du 5e arrondissement.
Dans cette interview, Mohamed Chihi aborde effectivement la mise en place d'une vidéosurveillance particulière autour de ces locaux, mais il évoque ensuite un sujet distinct : le travail avec un groupe de liaison sur les extrêmes droites, incluant des rencontres avec des personnalités politiques et des intellectuels, ainsi que des associations comme le Planning Familial et la Jeune Garde.
À aucun moment, il n'est indiqué que la Jeune Garde avait accès à la vidéosurveillance. Les deux éléments – le mouvement antifasciste et le système de surveillance – ne sont jamais associés dans le texte original.
La réaction de la ville de Lyon
Au lendemain de la diffusion de ces informations erronées, la ville de Lyon a annoncé saisir l'ARCOM et porter plainte contre CNews. Cette décision a été saluée par plusieurs élus de la majorité lyonnaise, qui ont dénoncé dans un communiqué « une séquence de désinformation largement amplifiée sur les réseaux sociaux ».
Les élus ont tenu à rappeler que « le système municipal de vidéosurveillance est strictement encadré », et que « son exploitation est réservée à des agents dûment habilités, dans un cadre légal précis ». Ils ont ajouté : « Suggérer qu'un mouvement, une association ou un collectif aurait pu y avoir accès revient à mettre en cause, sans fondement, l'intégrité d'un dispositif public sensible et le professionnalisme des agents qui en assurent le fonctionnement ».
Le retour d'Olivier Vial
Dans un message publié sur son compte X le 22 février au soir, Olivier Vial est revenu sur ses propos. Il a estimé n'avoir demandé que « des précisions sur le comité de liaison anti-extrême droite mis en place par la Ville de Lyon en 2022 », et « auquel la Jeune Garde aurait été associée ». Plus tôt dans la journée, il avait reconnu auprès de l'AFP avoir formulé « une phrase peut-être maladroite ».
Cette affaire souligne l'importance de la vérification des sources et les conséquences potentielles des déclarations médiatiques non fondées, notamment dans un contexte sensible lié à la sécurité publique et à la lutte contre l'extrémisme.



