Libre Antenne : plongée dans les nuits FM des années 1990
Nirvana, Greenday, Smashing Pumpkins, mais également des boysbands, du hip-hop et du rap émergeant. À cette époque, on n'écoute pas sa musique sur Spotify ou Deezer. Internet n'existe pas encore. Et l'on ne possède pas de smartphone dans la poche. Tout au plus un TamTam, un pager, accroché à la ceinture. C'est sur la bande FM que l'on se retrouve, le soir, lorsque l'on est jeune dans les années 1990. Deux stations mènent alors la danse avec une influence considérable : Skyrock et Fun Radio. Avec le documentaire Libre Antenne diffusé sur France 4 et France.tv, retour sur ces années radio où l'on pouvait tout se dire, caché sous la couette, tandis que les parents regardaient Sacrée Soirée.
La déferlante « Lovin’Fun » et son impact sociétal
Le producteur Jérémy Michalak et le journaliste Abel Mestre avaient une quinzaine d'années à l'époque. Avec le documentaire Libre Antenne qu'ils ont réalisé pour France 4, c'est à une véritable archéologie radiophonique que l'un et l'autre s'adonnent, non sans une pointe de nostalgie ! Car il y a un peu plus de trente ans déjà, une émission de radio allait tout chambouler sur son passage : Lovin’Fun, sur Fun Radio.
En pleine période de désillusion, après les années 1980 synonymes d'argent et de frime, alors que le Mur de Berlin vient de tomber, DiFool, futur animateur star, et le Doc, Christian Spitz, un véritable médecin, tiennent l'antenne chaque soir. Direction : 101.9 FM ! Dans leur émission, les jeunes auditeurs peuvent s'exprimer en toute liberté, mais surtout poser toutes les questions qu'ils désirent sur leur sexualité naissante. Il faut dire que l'époque est rude pour eux : les années 1990 sont aussi les « années sida », celles où la maladie fait des ravages et où l'on se pose de nombreuses questions à son sujet.
Des questions crues sur une sexualité en construction
« C'était un endroit où les ados ou jeunes adultes venaient tester des choses : est-il normal d'embrasser avec la langue et d'avoir peur de mal le faire ? », se souvient Lily Mazoyer, alors adolescente « très, très fan » de Lovin’Fun, qui deviendra plus tard animatrice radio et télévision. « Derrière des mots qui peuvent paraître très, très crus, il y a toujours de vraies questions sur une sexualité naissante », expliquait hier le Doc. « Heureusement que nos parents n'écoutaient pas, ils auraient pété un câble », renchérit Jérémy Michalak.
Le documentaire Libre Antenne sur France TV exhume ainsi les folles années 1990 de la bande FM, capturant l'essence de cette période unique.
Un phénomène de société et la guerre des audiences
Lovin’Fun devient alors en seulement trois mois l'émission la plus écoutée de France. Pas du goût de la station concurrente Skyrock sur 96 FM, qui oppose à Doc et DiFool une animatrice provocatrice nommée SuperNana. Puis ce sera l'animateur Maurice et son style intolérant qui prendra sa place en 1994 sur le créneau de 22 heures à 1 heure du matin. Mais pour tenter de faire taire Lovin’Fun, Skyrock dégaine le charme fatal d'une star du porno, Tabatha Cash.
De 1994 à 1995, la star des Hot d'Or tentera de rivaliser, en vain, avec Fun Radio. Las ! Les outrances des deux stations mettent le CSA, qui deviendra plus tard l'Arcom, aux abois. Tandis que Tabatha et DiFool s'écharpent en direct sur leurs antennes respectives, l'institution somme les deux radios de réfréner leurs ardeurs.
Une histoire d'audience et d'interactivité générationnelle
Décalées, décomplexées, trash, outrancières… beaucoup ne retenaient à l'époque que l'aspect borderline de ces émissions de radio, qui franchissaient quotidiennement la ligne jaune. « C'était surtout une histoire de tunes », rappelle, pragmatique, Jérémy Michalak. Face à la toute-puissante NRJ, qui n'installa pas d'émission libre antenne dans sa grille, Fun et Sky se tiraient ainsi la bourre dans une course incontrôlée à l'audience.
Pour autant, ces émissions, qui ont tenté des retours par la suite, ont d'abord répondu à une attente de toute une génération de 15-24 ans qui n'était pas encore connectée, et à son besoin crucial d'interactivité. Ainsi, le film de 63 minutes Libre Antenne fait-il parfaitement revivre cette « fièvre » des nuits FM des années 1990 et l'explosion de la liberté d'expression auprès de toute une jeunesse. Tout en ouvrant la voie sur l'un de ses héritages les plus marquants : la déferlante du rap en France.
Diffusion le 16 mars à 21 heures sur France 4 et sur france.tv.



