Le Gorafi lance un mensuel papier pour échapper aux algorithmes des réseaux sociaux
Le Gorafi lance un mensuel papier pour fuir les algorithmes

Le Gorafi se lance dans l'aventure papier avec un mensuel satirique

Dans une décision qui pourrait sembler paradoxale à l'ère du tout-numérique, Le Gorafi, le leader français de la presse satirique en ligne, annonce le lancement d'une édition papier mensuelle. Le premier numéro de cette publication de 16 pages sera disponible en kiosque le 31 mars 2026, dans pas moins de 6 000 points de vente à travers le pays.

Une initiative réfléchie pour échapper à la censure algorithmique

Pourquoi ce retour au papier alors que la tendance générale pousse les médias vers les écrans et les réseaux sociaux ? « Nous voulons échapper aux algorithmes », explique Sébastien Liebus, cofondateur du Gorafi, lors d'un passage à Morcenx-la-Nouvelle dans les Landes. « On voit à quel point ils peuvent écraser le contenu sur Internet. Nos confrères satiristes européens ont déjà vu une de leurs pages suspendue ou carrément supprimée parce qu'une blague n'avait pas été comprise par les modérateurs, qui sont maintenant générés par l'intelligence artificielle. »

Le média, qui revendique 110 millions de pages vues toutes plateformes confondues et quatre millions de followers, a déjà lancé sa formule d'abonnement pour ce nouveau support. « Tout ce qu'il y aura dans le mensuel n'aura pas été publié auparavant sur le site, qui continuera avec la même régularité », précise Sébastien Liebus. « Cela nous permet de proposer un contenu premium sur le papier et en ligne. »

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Inspiré par le succès international de la presse satirique papier

Cette audacieuse initiative s'inspire directement de l'expérience réussie de « The Onion », le célèbre site satirique américain. « Ils viennent de relancer leur version papier, qu'ils avaient arrêtée en 2015. Elle explose tous les chiffres de vente. En novembre, ils étaient quasiment le treizième journal américain en termes d'abonnements », souligne le cofondateur.

Selon lui, ce retour au papier répond à un besoin profond des lecteurs : « Les gens ont besoin de se marrer, d'avoir un petit refuge dans lequel ils vont rire et souffler. Il y a un côté catharsis. » Le mensuel conservera toutes les rubriques emblématiques du Gorafi, avec une plume toujours trempée dans l'absurde et du contenu exclusif.

Un apprentissage sur le tas pour l'équipe rédactionnelle

La réalisation de ce projet n'a pas été simple pour une équipe habituée au numérique. « Aucun de nous ne savait comment on faisait un journal papier. On est en train d'apprendre sur le tas », reconnaît Sébastien Liebus. Pour assurer la maquette et l'impression, Le Gorafi s'est associé à « La Dépêche du Midi ».

« On a beaucoup travaillé pour que ça ne ressemble pas à un empilement d'articles. Il y aura des fausses publicités, qui vont aérer la maquette et casser la monotonie des pages. C'est complexe », détaille-t-il. Derrière ce lancement se cache également « la volonté de s'agrandir, de pérenniser des postes » pour les quinze rédacteurs qui composent l'équipe.

Le défi permanent de réinventer l'humour satirique

La création de contenu pour Le Gorafi reste un exercice exigeant. Lors des deux conférences de rédaction hebdomadaires, 200 à 300 titres sont proposés, mais seulement 10% sont validés. « Il nous faut des titres percutants. Les gens nous attendent là-dessus. La titraille du Gorafi se base sur une titrologie très pompeuse, très sérieuse, inspirée du modèle anglo-saxon, avec un phrasé très sentencieux. On peut y passer des heures », explique Sébastien Liebus.

Le défi, qu'il s'agisse du site ou du papier, est de réinventer l'art de la blague tous les matins. « Si demain, on se laisse gagner par la flemme et que l'on commence à publier des titres plus faibles, nos lecteurs seront les premiers à nous juger », reconnaît le cofondateur, qui recherche en permanence de nouveaux auteurs capables de satiriser des phénomènes contemporains comme la K-pop ou des personnalités comme Timothée Chalamet.

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Parallèlement, un livre qui explore l'absurdité des systèmes autocratiques

En marge de ce lancement éditorial, Sébastien Liebus présente son livre « Le Président est constipé » publié aux éditions Le Cherche-Midi. Cette satire des systèmes autocratiques est née « littéralement sur le trône, car pour moi, les toilettes sont le dernier endroit où on est à peu près tous égaux », confie l'auteur.

L'ouvrage, qui évoque initialement un épisode de constipation du président russe avant de basculer dans un univers géopolitique plus large, a déjà trouvé son public avec 1 400 exemplaires vendus depuis novembre 2025. « Il y a de l'espionnage et même un passage façon film d'action. Mais il y a surtout la stupidité et l'absurdité de cette dictature, où les gens vont se rendre malades pour ne pas paraître suspects », décrit l'auteur.