Le « free speech » américain, un concept trompeur selon Macron et ses défenseurs cachés
Le « free speech » américain, un concept trompeur selon Macron

Le « free speech » américain, un concept trompeur selon Macron et ses défenseurs cachés

Le « free speech », c’est du « pur bullshit ». Cette affirmation formulée récemment par Emmanuel Macron à New Delhi interroge profondément. Ce concept de libre expression absolue, défendu avec ferveur par la Maison-Blanche et les milliardaires de la tech, est souvent mal compris des Européens, qui y voient simplement un éloge banal de la liberté d’expression. Pourtant, la charge politique portée par une telle défense de nos « alliés » américains est bien réelle et mérite une analyse approfondie.

Qui se cache derrière la promotion du « free speech » ?

Il est crucial de se demander qui parle lorsque de telles intentions, même apparemment louables, sont exprimées. D’où viennent les promoteurs de cette permission de dire ce qu’on veut, quand on veut, sans considération pour les conséquences ? Ils parlent, bien souvent, depuis leur idéologie personnelle, leur dénigrement systématique des médias traditionnels et, surtout, leurs intérêts économiques bien compris.

Des figures comme Elon Musk et J. D. Vance, par exemple, ont un agenda politique clair. Thierry Breton, l’ancien commissaire européen et architecte du Digital Services Act, en sait quelque chose pour s’être vu interdire de séjour aux États-Unis. Ces défenseurs autoproclamés du « free speech » – à condition qu’il ne s’exerce pas contre eux – ne s’expriment pas en philosophes ou en universitaires, tenants d’une liberté inconditionnelle héritée des Lumières européennes ou des pères fondateurs américains.

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  • Les a-t-on déjà entendus se réclamer de John Locke, Friedrich Hayek ou Ludwig von Mises ?
  • Ou citer Ayn Rand et Murray Rothbard ?

Leur silence sur ces références est éloquent. Ils défendent une liberté non bornée par des règles, des lois ou des valeurs, souvent parce qu’ils ont la main sur les algorithmes ou dirigent des armées numériques capables de semer le chaos dans les sociétés occidentales.

Les réseaux sociaux : des armes de destruction sociale

De bonne foi ou non, certains Européens, fatigués du politiquement correct, estiment que le véritable danger est « l’extrême centre » – de la social-démocratie à la droite libérale –, accusé de porter des pulsions liberticides au nom de la sauvegarde de la démocratie. Cependant, cette critique ne doit pas occulter la réalité d’une tenaille qui enserre le continent : une Amérique « vancienne » d’un côté, une Russie poutinienne de l’autre.

Les réseaux sociaux, notamment Twitter devenu X, étaient initialement conçus comme des instruments d’échanges et d’influence, facilitant la communication politique et médiatique. Ils sont désormais devenus des armes de destruction sociale, un constat corroboré par des milliers d’études scientifiques. Ils amplifient les pires comportements humains :

  1. La binarité et la simplification excessive
  2. La quête obsessionnelle de boucs émissaires
  3. L’envie, la violence et le narcissisme
  4. L’immoralité et la désinformation

La promesse initiale d’exposition, de mise en relation et même d’installation de la démocratie dans des régimes autoritaires a cédé la place à une réalité bien plus sombre.

L’abrutissement des générations et la bulle cognitive

Par le haut, il y a désormais une volonté délibérée d’influencer le cours d’élections et de décider, depuis la Californie ou Moscou, de la destinée de peuples entiers. On appelle cela de l’ingérence ou une atteinte grave à la souveraineté nationale. Par le bas, il y a le projet insidieux d’abrutir des générations entières.

On dit souvent que « la démographie, c’est le destin ». Il faudrait ajouter « l’éducation ». Que peut-on attendre d’un peuple abruti par des messages avec émoticônes, de la pensée courte, des images animées et des « shorts » – ces microvidéos qui neutralisent littéralement le cerveau ?

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Ces contenus enferment les utilisateurs dans une bulle cognitive où la satisfaction immédiate succède à la frustration, où la curiosité est réduite à une simple récompense. L’attention, une fois l’usager revenu à la vie réelle, faiblit considérablement. Or, cette attention est la véritable marchandise, celle qui se monnaye à grande échelle.

  • D’un côté, « scroller » génère des maladies mentales et une détérioration cognitive.
  • De l’autre, cela produit de l’argent pour les producteurs de contenus et les plateformes.

Laure Miller : une lueur d’espoir dans la régulation

Une députée a parfaitement compris ces enjeux : Laure Miller. Elle est la véritable révélation politique de l’année, même si elle ne fait pas de bruit médiatique. La raison est simple : elle travaille concrètement, sans soigner sa communication sur les réseaux sociaux ni dopant ses vidéos avec des algorithmes.

L’élue de la Marne a la volonté ferme de protéger nos enfants en proposant d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Elle se bat contre des mastodontes – des multinationales chinoises et américaines valorisées plusieurs milliards de dollars, avec des relais influents à la Maison-Blanche et partout en Europe.

Après avoir été rapporteuse de la commission d’enquête présidée par Arthur Delaporte (PS), Laure Miller est à l’origine de la proposition de loi « visant à protéger les mineurs des risques auxquels les expose l’utilisation des réseaux sociaux ». Un texte que les élus signataires ont voulu dédier « à Marie, Charlize, Emma, Penelope, Lilou et toutes les autres victimes de TikTok et des autres réseaux sociaux ».

Tout ce qui ira dans le sens de la régulation pour les mineurs – donc de la civilisation – est bon à prendre, même s’il faudra probablement des décennies pour effacer les ravages causés par ces réseaux sur la qualité humaine et le tissu social.