Le défi du journalisme local face aux crises ostréicoles
Le métier de journaliste local exige une proximité constante avec les acteurs du territoire, mais cette immersion n'est jamais simple, surtout en période de crise. Les reporters du Bassin d'Arcachon en font l'expérience au quotidien avec les agriculteurs, les pêcheurs et les ostréiculteurs, ces derniers illustrant parfaitement les tensions et les enjeux.
Une actualité souvent difficile à relater
Bruno Béziat, chef de Sud Ouest à Arcachon, explique que l'ostréiculture est traitée comme tout autre secteur, avec ses hauts et ses bas. « En 2023, nous avons dû couvrir la pollution du Bassin, les destructions de parcs après une tempête, les chiffres de mortalité des huîtres, les conflits judiciaires et même les vols », détaille-t-il. Cette actualité, rarement positive, connaît toutefois des moments de lumière, comme les opérations de nettoyage des friches ostréicoles.
Au-delà des crises, les journalistes suivent aussi les rendez-vous institutionnels, tels que les élections professionnelles, et réalisent des articles d'initiative, des reportages ou des portraits. « Cette profession, même en déclin, fait partie intégrante de l'histoire du Bassin, de son paysage et de son économie, avec près de 300 exploitations », souligne Bruno Béziat.
Une spécificité territoriale qui marque les parcours
Sabine Menet, collègue de Bruno Béziat, a abordé l'ostréiculture comme une spécificité locale dès son arrivée. « Je vis à Gujan-Mestras, et cela a coloré mon quotidien à travers les paysages des ports et les interactions avec les conchyliculteurs », confie-t-elle. En vingt ans, elle a observé les transformations de cette économie, couvrant diverses crises, des tests sur les souris aux pollutions par les eaux usées.
Elle a rencontré des professionnels résilients et combatifs, mais aussi d'autres moins optimistes. « Le sujet reste passionnant car il repose sur la nature et le vivant », ajoute-t-elle. Une date a particulièrement marqué tous les acteurs : la pollution des eaux du Bassin fin 2023, entraînant des gastro-entérites et une interdiction de consommation des huîtres de fin décembre à mi-janvier.
Les relations complexes entre journalistes et ostréiculteurs
David Patsouris, autre journaliste arcachonnais, se souvient de cette période difficile. « Quand une crise survient, nous essayons de garder de l'empathie pour cette profession que nous connaissons bien, car nous vivons à côté de ces personnes, nos enfants fréquentent les mêmes écoles », explique-t-il. Cependant, l'exercice est délicat, car les ostréiculteurs, déjà rudoyés par leur métier, peuvent percevoir la présence des médias comme une aggravation de leurs problèmes.
Bruno Béziat note que la pollution de 2023 a compliqué les relations. « On nous a reproché de médiatiser cette crise, et l'information a souvent été confondue avec le messager », analyse-t-il. Les plaintes déposées par des ostréiculteurs et associations ont conduit à évoquer à plusieurs reprises l'actualité judiciaire, rappelant ainsi les faits.
La perception des professionnels et l'importance de l'image
Olivier Laban, président du Comité régional conchylicole Arcachon-Aquitaine, nuance la représentation médiatique. « Ça dépend des jours, des sujets et des journalistes ! », répond-il. Il cite l'exemple d'un reporter national qui, en août 2025, voulait traiter d'une mévente des huîtres, alors que le marché fonctionnait très bien.
Il distingue toutefois les journalistes locaux, qui connaissent mieux le milieu. « Je considère que j'ai un devoir de vérité, mais je dois faire attention, car notre business est lié à l'image que l'on renvoie », précise-t-il. Il reconnaît que les médias peuvent aider, en permettant de passer des messages et de valoriser des actions, comme lors de la crise de 2023, où un capital sympathie important a été ressenti.
Vers une apaisation des relations ?
Bruno Béziat observe que les relations se sont plutôt apaisées depuis 2023, mais une méfiance envers les journalistes persiste. « L'information n'est pas de la communication, elle ne peut pas toujours donner une image positive », rappelle-t-il. Cela n'empêche pas un traitement équilibré et factuel. Pour renforcer la transparence, la chronique du médiateur paraîtra désormais à une fréquence mensuelle, offrant un espace de dialogue supplémentaire.



