Les influenceurs français de Dubaï sous le feu des critiques après leurs appels à l'aide
Habitués à exhiber un train de vie luxueux sur les réseaux sociaux, les influenceurs français basés à Dubaï sont aujourd'hui la cible de vives moqueries. La raison ? Leurs récents appels à l'aide adressés à la France, suite aux frappes menées par l'Iran contre ses voisins du Golfe. Ces créateurs de contenu, qui comptent souvent des millions d'abonnés, ont suscité l'indignation de nombreux internautes, dénonçant une hypocrisie flagrante.
Des messages d'inquiétude qui tournent au fiasco
Le samedi suivant les tensions militaires, les habituelles publications vantant des produits cosmétiques ou dévoilant des tranches de vie familiale opulente ont soudainement laissé place à des messages angoissés. « La France, protège-nous ! », a ainsi posté Maeva Ghennam, star de télé-réalité suivie par plus de 3 millions de personnes sur Instagram. Des appels qui n'ont pas tardé à déclencher une avalanche de critiques.
Le YouTubeur Tibo InShape, avec près de 27 millions d'abonnés, a ouvertement raillé ses confrères : « Les influenceurs de Dubaï, finalement, on est bien en France n'est-ce pas ? ». Il a par la suite précisé vouloir « pointer du doigt l'hypocrisie de certains influenceurs ». Une position largement partagée, comme en témoignent les commentaires acerbes : « Qu'ils restent à Dubaï », « j'espère que l'Urssaf les attend à l'arrivée ».
Une hypocrisie perçue et analysée
Pour Stéphanie Lukasik, enseignante-chercheuse en sciences de l'information et de la communication, ces réactions s'expliquent aisément. « Ces influenceurs ont constamment vanté la sécurité supérieure de Dubaï par rapport à la France », explique-t-elle. Leur demande d'aide apparaît donc comme exagérée, d'autant plus qu'ils semblent « très peu reconnaissants vis-à-vis du pays dans lequel ils ont connu leur succès ». La spécialiste résume la situation d'une formule cinglante : « Ils ont un peu tendu le bâton pour se faire battre ».
Ces prises de position critiques envers la France auraient même conduit certains de leurs abonnés à se détourner de leurs contenus. Un phénomène amplifié par la loi de 2023 encadrant l'influence et les auditions très médiatisées de certains créateurs devant la commission parlementaire sur TikTok.
Dubaï, l'eldorado controversé des créateurs de contenu
L'émirat attire plusieurs dizaines de milliers d'influenceurs internationaux grâce à son environnement propice aux affaires, l'absence d'impôt sur le revenu et la possibilité d'y mener une existence fastueuse sans complexe. Cette mégapole de près de 4 millions d'habitants, composée à 90% d'expatriés, dispose également d'un aéroport parmi les plus fréquentés au monde.
Pourtant, les messages angoissés des premières heures ont rapidement été remplacés par des publications plus légères, suggérant un retour à la normale. « Ici, les gens ne s'arrêtent pas de vivre, il n'y a pas de panique », a assuré l'influenceuse Sarah Lopez sur Snapchat, avant d'enchaîner sur la promotion d'une marque de bijoux fantaisie.
Un changement de discours stratégique
Face à la vague de critiques, ces créateurs ont adapté leur communication. « Parler d'insécurité à Dubaï n'était pas compatible avec le mode de vie qu'ils ont choisi ou qu'ils veulent vendre », analyse Emma Férey, journaliste et auteure du roman « Emirage » sur le milieu de l'influence dans la ville. Elle souligne également le rôle des autorités locales, qui ont mis en garde contre le partage « d'informations erronées ou tout contenu qui contredit les annonces officielles ».
Il est important de noter que ces profils issus de la télé-réalité, bien que très visibles, ne représentent qu'environ 1% des influenceurs identifiés en France, selon une étude Reech de 2023 citée par Florence Euzeby, responsable du Master Marketing Digital à l'université de La Rochelle. Leur cas reste donc marginal, mais particulièrement révélateur des tensions entre notoriété numérique et crédibilité.



