Une commission parlementaire scrute les liens financiers de France Télévisions
La commission d'enquête sur l'audiovisuel public se penche actuellement sur les relations entre France Télévisions et ses principaux producteurs, notamment le groupe Mediawan et l'animateur-producteur Nagui. Cette semaine, les débats s'intensifient autour d'un sujet particulièrement sensible : les contrats financiers liant le groupe public à ses prestataires extérieurs.
Charles Alloncle dénonce des relations opaques
Charles Alloncle, député d'extrême droite et rapporteur de la commission d'enquête, entend mettre en lumière ce qu'il qualifie de relations opaques entre France Télévisions et certains producteurs. Il prévoit d'auditionner les producteurs de l'émission C à vous ainsi que Nagui lui-même, dont les activités avec le groupe public suscitent des interrogations.
Un budget en constante diminution
En 2026, France Télévisions prévoit de consacrer 850 millions d'euros aux achats de programmes auprès de sociétés de production, soit près d'un quart de son budget total. Ce montant représente une baisse significative par rapport au milliard d'euros dépensé en 2017. Confronté à la réduction des crédits de l'État, le groupe public doit réaliser 150 millions d'économies supplémentaires en 2026, dont une partie affectera directement la création audiovisuelle.
La Cour des comptes a souligné dans son rapport de septembre qu'une réorganisation interne a permis à France Télévisions d'améliorer sa position de négociation face aux producteurs. Pour réaliser ces économies, certaines commandes ont été suspendues, comme la collection des Meurtres à... sur France 3, et le groupe a cessé depuis plusieurs années l'acquisition de séries américaines.
L'externalisation critiquée par les syndicats
Face à cette baisse des commandes, la pratique d'externalisation des magazines d'actualité - une méthode ancienne concernant toutes les chaînes - est vivement critiquée par les syndicats de France Télévisions. Ces derniers y voient une atteinte à l'indépendance éditoriale du service public. Stéphane Le Bars, délégué général de l'Union syndicale de la production audiovisuelle (USPA), a rappelé devant la commission parlementaire le rôle crucial de France Télévisions comme poumon de la création et de la production audiovisuelle française.
Pourtant, l'achat de programmes à des producteurs extérieurs pour les fictions et documentaires reste une obligation légale imposée par l'État à France Télévisions, ce qui complexifie la situation.
Mediawan, premier bénéficiaire des contrats
Charles Alloncle a particulièrement ciblé le groupe Mediawan, première société de production à bénéficier des contrats avec France Télévisions avec environ 110 millions d'euros par an. Le député souligne que Mediawan est majoritairement détenu par un fonds d' investissement américain, KKR, et que parmi ses fondateurs figure Matthieu Pigasse, milliardaire connu pour ses positions contre l'extrême droite - ce qui, selon Alloncle, remettrait en question l'impartialité des émissions produites.
Fondé en 2015 par Matthieu Pigasse, Xavier Niel et Pierre-Antoine Capton, Mediawan est devenu l'un des leaders européens de la production audiovisuelle. Le groupe possède une myriade de sociétés, illustrant la concentration croissante du secteur autour de grands acteurs ayant racheté de nombreuses structures indépendantes.
Dans son catalogue français, Mediawan compte des succès comme HPI et Joséphine Ange Gardien sur TF1, ainsi que Dix pour cent et Miraculous. Ce sont également ses sociétés qui produisent les magazines C à vous et C dans l'air pour France Télévisions. Les trois fondateurs de Mediawan ainsi que le président de KKR France sont attendus jeudi devant la commission d'enquête pour répondre aux questions de Charles Alloncle.
Nagui, cible des critiques parlementaires
Le député a également mis en cause Nagui, qu'il présente comme la personne s'étant le plus enrichie sur l'argent public au cours de la dernière décennie en France, avec des gains qu'il estime à centaines de millions d'euros. L'animateur a répliqué en accusant le député de sous-entendus racistes et a menacé de saisir la justice.
Nagui est salarié de France Inter pour l'émission quotidienne La bande originale, mais c'est sa société Air Productions qui produit le jeu quotidien N'oubliez pas les paroles pour France Télévisions. En 2020, Mediapart avait révélé un contrat de 100 millions d'euros entre France Télévisions et Air Productions pour la production de plusieurs émissions sur trois ans, dont N'oubliez pas les paroles et Taratata.
France Télévisions défend ce jeu en soulignant qu'il est, avec Télématin, le seul programme générant plus de revenus publicitaires que son coût de production. Air Productions a été rachetée en 2008 par Banijay, autre géant européen de l'audiovisuel fondé par Stéphane Courbit - qui sera auditionné mercredi. Banijay, producteur de Koh-Lanta ou Fort Boyard, compte également Vivendi parmi ses actionnaires, groupe contrôlé par le milliardaire Vincent Bolloré.



