Le maire de Saint-Denis exige la fermeture de CNews après des propos polémiques
Le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a lancé un appel retentissant à la fermeture de la chaîne d'information CNews, qu'il qualifie sans ambages de « chaîne raciste ». Cette demande intervient après la diffusion de propos polémiques le visant directement, relançant une question fondamentale : quels sont les pouvoirs réels de l'Arcom, le régulateur de l'audiovisuel ?
Une polémique qui enfle depuis l'élection
Depuis son élection à la mairie de Saint-Denis, Bally Bagayoko se trouve au cœur d'une tempête médiatique. « Est-ce que nous sommes obligés d'avoir une offre médiatique avec des chaînes racistes comme CNews et d'autres ? », a-t-il interrogé publiquement mercredi. La chaîne, propriété du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, a diffusé des déclarations particulièrement controversées.
Vendredi dernier, un psychologue du nom de Jean Doridot a estimé en plateau qu'il était « important de rappeler que l'homo sapiens, nous sommes des mammifères sociaux et de la famille des grands singes », ajoutant que « dans toute collectivité, dans toute tribu [...] il y a un chef qui a pour mission d'installer son autorité ». Le lendemain, le philosophe Michel Onfray a évoqué « une tribu primitive », prêtant à Bally Bagayoko une attitude de « mâle dominant ».
Des réactions politiques immédiates
Ces propos ont provoqué l'indignation de la gauche et du gouvernement. Le maire de Saint-Denis a déposé plainte mercredi contre CNews, Jean Doridot et Michel Onfray. Le gouvernement étudie parallèlement la possibilité de poursuites judiciaires. Bally Bagayoko et plusieurs élus de gauche ont également saisi l'Arcom de multiples signalements, estimant que le régulateur « doit être beaucoup plus sévère ».
De son côté, CNews, première chaîne d'information en part d'audience en 2025, a catégoriquement réfuté toute accusation de « propos raciste » à l'antenne. Cette position ne calme pas les esprits, alors que le débat sur la régulation médiatique prend une ampleur nationale.
Les sanctions possibles de l'Arcom
L'Arcom, autorité administrative indépendante, dispose d'un arsenal de sanctions graduelles contre les chaînes et radios qui enfreignent leurs obligations. Le processus commence généralement par une « mise en demeure », obligatoire avant toute sanction formelle.
Les sanctions proprement dites relèvent d'une procédure plus lourde :
- Un rapporteur instruit le dossier de manière approfondie
- L'autorité peut infliger une amende plafonnée à 3% du chiffre d'affaires (5% en cas de récidive)
- Au-delà des amendes, l'Arcom peut ordonner la suspension d'un programme
- Elle peut réduire la durée d'autorisation d'émettre (maximum un an)
- En dernier recours, elle peut prononcer « le retrait de l'autorisation » de diffusion
CNews n'en est pas à son premier rappel à l'ordre. En février dernier, la chaîne a écopé de deux amendes totalisant 100 000 euros pour deux séquences diffusées à l'été 2025, jugées susceptibles d'inciter à la discrimination contre les musulmans et les Algériens.
Les limites du pouvoir régulateur
L'Arcom souligne cependant les limites de son action. Elle ne peut intervenir qu'a posteriori, une fois les propos diffusés. De plus, elle « ne s'immisce pas dans la ligne éditoriale des chaînes », tant que les règles fondamentales du pluralisme sont respectées. Martin Ajdari, le président de l'Arcom, met en avant la « complexité » de la mission de l'autorité, « sous le feu de critiques simultanées de laxisme et de censure ».
Le défi du pluralisme médiatique
Le pluralisme constitue un autre front dans cette bataille médiatique. La députée écologiste Sophie Taillé-Polian a demandé à l'Assemblée nationale une mission d'évaluation sur le régulateur. Elle estime que l'Arcom doit jouer « son rôle de gendarme de l'audiovisuel face au racisme décomplexé et aux fausses informations », considérant que « le sentiment d'impunité » doit « cesser ».
Selon la députée, « le pluralisme interne n'est pas respecté » sur CNews. L'Arcom n'a pour l'instant pas constaté de manquement sur ce point précis. Cependant, depuis une décision du Conseil d'État de 2024, l'autorité est tenue à un contrôle élargi du pluralisme, s'intéressant désormais à « la diversité des invités, la variété des thèmes traités à l'antenne et la pluralité des opinions exprimées ».
L'ONG Reporters sans frontières a saisi le régulateur sur le cas de CNews en janvier dernier, avec un dossier de 112 pages à l'appui. L'Arcom doit statuer sur cette saisine dans les prochaines semaines, une décision très attendue.
Le précédent inquiétant de C8
L'ombre de C8 plane sur ce débat. Après avoir accumulé des millions d'euros d'amendes, l'Arcom avait décidé de ne pas reconduire la fréquence TNT de C8. La chaîne, qui appartenait comme CNews au groupe Canal+, a cessé d'émettre début 2025. Devant les députés la semaine dernière, Vincent Bolloré a estimé que C8 avait été « confisquée ».
« Celui qui était visé c'était moi, à travers Cyril Hanouna », a-t-il déclaré, faisant référence à l'ancien animateur vedette de la chaîne. « Nous ne sommes pas soumis, nous sommes libres et donc on déplaît », a-t-il asséné au sujet des sociétés et médias dans son giron.
Une question cruciale se pose alors : CNews, dont l'autorisation d'émettre sur la TNT a été renouvelée au même moment pour dix ans, pourrait-elle connaître le même sort que C8 ? Interrogé par les parlementaires, Vincent Bolloré a répondu avec une franchise déconcertante : « Tout est possible ». Cette réponse laisse planer le doute sur l'avenir de la chaîne d'information la plus regardée de France.



