Une enquête révèle le lien crucial entre médias et santé démocratique
Une vaste enquête menée par la Fondation Jean Jaurès et les Relocalisateurs auprès de 10 000 Français établit un lien étroit et direct entre la consommation de médias et la vitalité démocratique. Intitulée « Vers des déserts médiatiques en France, la démocratie peut-elle survivre sans médias ? », cette étude tire un signal d'alarme puissant sur les risques d'apparition de déserts médiatiques sur le territoire national, en parallèle des déserts médicaux déjà identifiés.
Les médias locaux, pilier de l'engagement citoyen
Premier enseignement majeur : les médias traditionnels restent le premier canal d'information des Français, avec 86 % qui les utilisent souvent ou très souvent. Dans ce paysage, les médias locaux tirent particulièrement leur épingle du jeu, étant utilisés par 55 % des Français pour s'informer. La télévision locale est la plus populaire (78 %), devant la presse écrite locale (74 %) et la radio locale (67 %).
Ces médias sont plébiscités pour leur proximité (80 %) et la diversité des points de vue qu'ils proposent (83 %). Géographiquement, le sud de la France, la Bretagne, l'Alsace et l'Ouest parisien maintiennent une culture de l'information locale dynamique, contrairement à certaines zones rurales ou à Paris intra-muros.
Impact direct sur la participation démocratique
L'étude démontre des conséquences vertueuses concrètes sur la vitalité démocratique. Ainsi, 87 % des forts consommateurs de médias locaux déclarent voter à chaque élection, contre seulement 62 % chez les citoyens éloignés de ces médias. « L'abstentionnisme est lié à un isolement informationnel », relève Jean-Laurent Cassely, coauteur de l'étude pour la Fondation Jean Jaurès.
Autre constat significatif : les gros consommateurs de médias locaux sont deux fois plus impliqués dans la vie de leurs communes (27 %) que ceux qui n'en lisent pas (13 %). La consommation régulière d'informations renforce également les valeurs républicaines, avec seulement 10 % des gros consommateurs considérant « qu'on en fait trop sur la laïcité », contre 28 % des Français peu informés.
Une infrastructure civique fragile
« La presse locale n'est pas qu'un simple miroir des territoires, c'est une infrastructure civique essentielle », analyse Alexis Goujon, directeur général des Relocalisateurs. Mais cette infrastructure se révèle particulièrement fragile. Un tiers des sondés ont constaté la disparition d'au moins un média local dans leur région, avec la télévision la plus affectée (19 %), suivie par les médias numériques (15 %), la presse écrite (13 %) et la radio (13 %).
Jean-Laurent Cassely observe : « Le modèle s'affaiblit avec le recul de la publicité, des modèles numériques qui ne compensent pas suffisamment les baisses d'audience. Et surtout la montée en puissance de Facebook comme premier canal d'information au quotidien. Cette hybridation brouille les repères, affaiblit la notion de médiation journalistique. »
Le spectre américain et ses implications pour la France
Les auteurs ont examiné la situation outre-Atlantique où un quart des journaux locaux ont disparu en vingt ans, avec 130 médias locaux fermés pour la seule année 2023. Un Américain sur cinq vit désormais dans une « zone de sous-information », laissant les citoyens aux mains des réseaux sociaux où prospèrent rumeurs et discours polarisés.
Ramenée à l'Hexagone, la disparition des médias aurait des effets immédiats et mesurables. Alexis Goujon explique : « Augmenter de 20 points la part des Français qui ne consomment aucun média ferait chuter la participation électorale de sept points et affaiblirait l'attachement aux valeurs citoyennes. Là où l'information recule, la démocratie recule. Pas de façon spectaculaire mais par affaissement progressif. »
Un appel à la protection active de l'écosystème médiatique
Face à cette menace silencieuse, les auteurs de l'étude lancent un appel clair : « Il n'y aura pas de sursaut démocratique sans protection active de l'écosystème médiatique local. Cela passe par des aides économiques structurées, une relocalisation de la publicité. Protéger les médias locaux, c'est défendre la démocratie. » Cette enquête souligne ainsi que la santé de notre démocratie dépend directement de la vitalité de notre paysage médiatique, particulièrement au niveau local où se joue une part essentielle de l'engagement citoyen.



