Ce 1er novembre, jour de la Toussaint, la rédaction de Midi Libre consacre une série de quatre articles à la question du deuil à l'ère des réseaux sociaux et des nouvelles technologies. Selon Statista, environ 50 millions de Français étaient inscrits sur les réseaux sociaux en 2024 (Facebook, Instagram, LinkedIn, Snapchat, X, etc.). Lorsqu'un proche décède, la gestion de ses profils numériques peut s'ajouter aux nombreuses démarches administratives. Que faire de son compte Facebook ou LinkedIn ?
Une étude de l'université d'Oxford estime que d'ici 2070, le nombre de profils de personnes décédées pourrait dépasser celui des vivants sur Facebook. Faut-il supprimer ces comptes ou leur offrir une seconde vie sous forme de mémorial ? Le groupe Meta (Facebook, Instagram) et LinkedIn permettent de transformer un profil en mode commémoratif sans avoir besoin d'accéder au compte du défunt. Le profil devient alors non public et seuls les amis du défunt peuvent y publier des messages et des photos en hommage, créant une sorte de tombe virtuelle.
Patrice, un Montpelliérain de 54 ans, a choisi cette option après la perte de son frère et de sa mère. Il se dit très satisfait de pouvoir partager des souvenirs en commun avec ses proches. Cependant, Charlotte, 35 ans, également habitante de Montpellier, a perdu sa sœur il y a quatre ans et n'a pas déclaré le décès à Facebook. Pour elle, faire disparaître la page de sa sœur aurait été une seconde disparition. Elle raconte recevoir régulièrement des notifications de Facebook lui demandant des photos avec sa sœur pour créer des montages avant/après, ce qu'elle vit comme un véritable coup de poignard.
Michael Stora, psychologue spécialiste des mondes numériques, explique que certains proches peuvent être tentés de ne pas vouloir oublier, mais que le deuil consiste à vivre avec la perte, non à l'ignorer. Selon lui, ces profils mémoriels sont des tombes virtuelles. Le risque de ne pas fermer un compte est de souffrir d'un deuil pathologique, une incapacité à tourner la page qui peut mener à la dépression. Les réseaux sociaux ne sont pas directement responsables, mais la multiplication des traces numériques peut amplifier cette difficulté.
Que dit la loi ?
La Cnil rappelle qu'un profil sur un réseau social est strictement personnel et soumis au secret des correspondances. Les proches ne peuvent donc pas exiger les mots de passe. En l'absence de directive contraire du défunt, les héritiers peuvent demander la suppression du compte. Il est possible d'informer le réseau social du décès pour actualiser le profil. En cas de litige, les tribunaux peuvent être saisis si le traitement des données porte atteinte à la mémoire ou à la réputation du défunt.
Michael Stora s'interroge sur l'intérêt de conserver ces profils digitaux et pointe la responsabilité des réseaux sociaux, qui devraient proposer un accompagnement psychologique aux utilisateurs revenant trop souvent sur le profil d'un disparu.



