Le monde du cinéma français est secoué par une décision radicale de Canal+. Maxime Saada, président du groupe, a annoncé ce lundi 17 mai 2026 qu'il ne travaillera plus avec les signataires d'une tribune publiée dans Le Monde le 14 mai, qui critiquait vivement Vincent Bolloré, actionnaire principal de Canal+.
Une tribune qui fâche
La tribune, intitulée « Pour un cinéma libre et indépendant », a été signée par une centaine de professionnels du cinéma, dont des réalisateurs, producteurs et acteurs renommés. Elle dénonçait l'influence croissante de Vincent Bolloré sur le paysage audiovisuel français et appelait à une régulation plus stricte des médias. Les signataires accusaient notamment le milliardaire breton d'utiliser ses chaînes pour promouvoir des opinions politiques conservatrices et de menacer la diversité culturelle.
La réponse cinglante de Canal+
Dans un communiqué, Maxime Saada a exprimé son indignation : « Ces attaques personnelles et infondées contre notre actionnaire sont inacceptables. Canal+ est le premier financeur du cinéma français, et nous ne pouvons pas continuer à collaborer avec des personnes qui manquent de respect à notre égard. » Il a précisé que cette décision s'applique à tous les projets en cours et à venir, qu'il s'agisse de coproductions, d'achats de droits ou de partenariats.
Cette annonce a provoqué une onde de choc dans le secteur. Le cinéma français dépend largement des financements de Canal+, qui investit chaque année plusieurs centaines de millions d'euros dans la production et l'achat de films. La chaîne cryptée est notamment un partenaire clé du Festival de Cannes et de nombreuses sociétés de production.
Réactions contrastées
Du côté des signataires, la surprise et l'inquiétude dominent. Le réalisateur Jacques Audiard, l'un des premiers signataires, a déclaré : « C'est une décision brutale qui met en péril de nombreux projets. Nous avons simplement exprimé notre inquiétude pour l'avenir du cinéma. » D'autres, comme la productrice Marie-Ange Luciani, dénoncent une « tentative d'intimidation » et appellent à la solidarité du milieu.
En revanche, certains professionnels du cinéma soutiennent la position de Canal+. Un producteur ayant requis l'anonymat a confié : « Bolloré a beaucoup investi dans le cinéma français. Il est normal qu'il attende en retour une certaine loyauté. »
Un précédent inquiétant
Cette affaire rappelle d'autres conflits entre médias et artistes en France. En 2023, le groupe Bolloré avait déjà été critiqué pour le licenciement d'un journaliste de CNews. Pour les observateurs, cette décision de Canal+ pourrait avoir des conséquences durables sur la liberté d'expression dans le secteur culturel.
Le ministère de la Culture a indiqué suivre la situation avec attention. Une porte-parole a déclaré : « Nous rappelons l'importance du pluralisme et du dialogue dans le financement du cinéma. »
En attendant, de nombreux tournages et projets sont suspendus, et les négociations entre les parties semblent compromises. Le Festival de Cannes, qui doit se tenir dans quelques semaines, pourrait être le théâtre de nouvelles tensions.



