L'Arcom saisie pour un podcast polémique de l'influenceur Raptor, une première historique
Arcom saisie pour podcast polémique de Raptor, une première

L'Arcom ouvre une procédure inédite contre un podcast polémique

Le siège de l'Arcom, l'Autorité française de régulation des communications audiovisuelles et numériques, à Paris, le 19 septembre 2025. THIBAUD MORITZ/AFP. Pour la première fois de son histoire, l'Arcom a été saisie concernant un podcast, marquant un tournant dans la régulation des contenus audio en ligne.

Des propos choquants diffusés sur les plateformes musicales

« Le monde souffre d'une épidémie d'homosexualité », « Le choix vous appartient : la charia ou l'arrêt immédiat de tout droit de vote féminin », « Il faut comprendre qu'une partie de la communauté musulmane française a muté en mafia ». Ces déclarations, prononcées par l'influenceur d'extrême droite Ismaïl Ouslimani, connu sous le pseudonyme du « Raptor », dans son podcast « 10 000 pas », ont circulé librement sur des plateformes comme Deezer, Spotify, Apple Podcast ou Amazon Music.

L'épisode intitulé « Les Frances parallèles », diffusé le 31 août 2025 et toujours accessible, contient des propos potentiellement qualifiables d'insultes, relevant de préjugés homophobes, sexistes ou racistes. Alors qu'aucune radio traditionnelle ne pourrait les diffuser sans risquer des sanctions, l'audio en ligne échappe largement au contrôle réglementaire.

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Une saisine historique révélant un vide juridique

L'Arcom a jugé recevable la requête déposée contre ce podcast et instruira l'affaire dans les prochaines semaines. Cette décision est inédite, car les pouvoirs du régulateur en matière de podcasts sont extrêmement limités, voire inexistants. Romain Laleix, conseiller en charge des radios et de l'audio numérique à l'Arcom, explique : « La directive sur les services de médias audiovisuels nous donne des compétences en matière de vidéos, que nous n'avons pas dans l'audio. »

Ce texte, qui s'applique aux éditeurs de contenus et doit être révisé d'ici douze à dix-huit mois (la dernière version date de 2018), présente donc une lacune majeure. Fin décembre, l'Arcom a recommandé à la Commission européenne de combler ce vide réglementaire, soulignant l'urgence d'adapter le cadre légal à l'évolution rapide des médias numériques.

Les implications pour l'avenir de la régulation audio

Cette affaire met en lumière les défis posés par la prolifération des contenus audio en ligne, qui échappent souvent aux contrôles appliqués aux médias traditionnels. L'absence de régulation claire pour les podcasts permet la diffusion de discours haineux sans conséquences immédiates, créant un espace où la liberté d'expression peut dériver vers des abus.

La saisine de l'Arcom pourrait ainsi servir de précédent pour renforcer la surveillance des plateformes audio, incitant à une réflexion plus large sur l'équilibre entre liberté d'expression et protection contre les discours discriminatoires. Les prochaines semaines seront cruciales pour déterminer comment l'autorité pourra étendre son action dans ce domaine, en attendant une révision européenne du cadre juridique.

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