Antoine de Baecque : Ventura, Gabin et Delon, une masculinité sans relâchement
Antoine de Baecque : Ventura, Gabin et Delon, une masculinité sans relâchement

Antoine de Baecque : « Ventura, Gabin et Delon, c’est une masculinité qui hait tout “relâchement” »

Le critique de cinéma Antoine de Baecque décrypte pour « le Nouvel Obs » les images de virilité que ces trois acteurs ont renvoyées au temps de leur gloire. Un drôle de mélange entre patriarcat et ambiguïté.

Propos recueillis par Arnaud Gonzague. Publié le 3 mai 2026 à 11h30, mis à jour le 3 mai 2026 à 11h30.

Lino Ventura, Jean Gabin et Alain Delon à l’occasion de la sortie du « Clan des Siciliens » en 1969. GIANCARLO BOTTI / GAMMA-RAPHO-KEYSTONE

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Cette image provient du tournage du film « le Clan des Siciliens » (1969), d’Henri Verneuil. À cette époque, Alain Delon paraît incarner une masculinité plus évidente que celles d’un Gabin et d’un Ventura : il est la beauté absolue, qui rend les femmes folles, mais sait aussi jouer la partition homoérotique. Delon a eu le nez de cocher toutes les cases, parce qu’il possédait une intelligence artistique aiguë. Regardez « le Samouraï » (1967) de Jean-Pierre Melville (le cinéaste français de la masculinité) : il y déploie toutes les nuances possibles de la virilité, car à la fois, il est la neutralité impassible, en retenue totale, mais chaque clignement d’yeux est chargé d’une extraordinaire fragilité.

Comme dans la plupart de ses rôles des années 1950-1960, Jean Gabin incarne ici le patriarche bougon, un peu revenu de tout. C’est la figure du « Gentleman d’Epsom » (1962), du « Tatoué » (1968) : difficile à classer sociologiquement, très facile à classer politiquement ! À ce monolithe grincheux, j’opposerais la masculinité plus complexe de Lino Ventura, qui dans « Les Tontons flingueurs » (1963) ou « Le Deuxième Souffle » (1966) montre une virilité rugueuse mais aussi une forme de tendresse retenue.

Cette série explore 3 000 ans de masculinité, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, en interrogeant des historiens, des philosophes et des critiques. L’épisode 14, consacré à ces trois acteurs, souligne comment le cinéma a façonné des modèles de virilité souvent contradictoires, entre domination et vulnérabilité.

Pour aller plus loin : découvrez les autres épisodes de la série, qui abordent l’éducation des garçons dans l’Antiquité, les duels, la colonisation, ou encore l’impact de la Première Guerre mondiale sur la masculinité.

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