Un manuscrit anonyme daté de 1648, intitulé « Quel des deux sexes est le plus excellent », vient d'être redécouvert et publié par les éditions Payot. Ce texte de 120 pages défend avec une verve rare l'égalité intellectuelle et morale des femmes, à une époque où la pensée dominante les reléguait à un rang inférieur. Selon l'éditeur, cet ouvrage s'inscrit dans la querelle des femmes, un débat littéraire et philosophique qui agita la France du XVIIe siècle.
Un manifeste avant l'heure
Le texte, dont l'auteur reste inconnu, prend la forme d'un dialogue entre un homme et une femme. Il y est soutenu que les femmes sont non seulement égales aux hommes, mais qu'elles les surpassent parfois en vertu, en intelligence et en constance. L'anonyme écrit : « La femme est l'ouvrage le plus parfait de la nature, et l'homme n'en est que l'ébauche. » Cette citation, rapportée par les éditions Payot, illustre le ton résolument provocateur de l'œuvre.
Le manuscrit original, conservé à la Bibliothèque nationale de France, a été exhumé par la chercheuse Marie-Élisabeth Henneau, spécialiste de l'histoire des femmes. Elle souligne que ce plaidoyer est « d'une modernité stupéfiante » et qu'il anticipe de plusieurs siècles les arguments du féminisme contemporain. Henneau précise que l'ouvrage était tombé dans l'oubli, probablement en raison de son audace.
Un contexte de querelle des femmes
La querelle des femmes, qui agite les salons et les cercles lettrés du XVIIe siècle, oppose les partisans de l'infériorité féminine à ceux qui défendent leur égalité. Des auteurs comme Madeleine de Scudéry ou François Poulain de la Barre participent à ce débat. Le manuscrit « Quel des deux sexes est le plus excellent » s'inscrit dans cette mouvance, mais se distingue par sa virulence. Selon l'historienne Éliane Viennot, spécialiste de la condition féminine sous l'Ancien Régime, « ce texte est l'un des plus radicaux de son temps, car il ne se contente pas de réclamer l'instruction pour les femmes, il affirme leur supériorité morale ».
L'ouvrage attaque les stéréotypes de l'époque, comme la prétendue inconstance féminine ou la faiblesse de leur raison. Il dénonce également l'éducation restrictive imposée aux filles, les privant de tout accès au savoir. L'auteur anonyme écrit : « On élève les femmes comme des poupées, puis on se plaint qu'elles ne soient que des poupées. »
Une redécouverte qui éclaire l'histoire du féminisme
La publication de ce texte intervient dans un contexte de renouveau des études sur le genre et l'histoire des femmes. Selon les éditions Payot, les ventes de l'ouvrage ont déjà atteint 5 000 exemplaires en deux semaines, un chiffre remarquable pour un livre universitaire. La maison d'édition prévoit une réimpression pour répondre à la demande.
Marie-Élisabeth Henneau estime que cette redécouverte « prouve que le féminisme n'est pas une invention récente, mais qu'il plonge ses racines dans une longue tradition intellectuelle ». Elle ajoute que le texte « résonne aujourd'hui avec force, à l'heure où les droits des femmes sont de nouveau menacés dans certaines régions du monde ».
L'ouvrage est accompagné d'une préface de la chercheuse, qui replace le manuscrit dans son contexte historique et analyse les arguments de l'anonyme. Elle y démontre que ce plaidoyer anticipe des thèmes chers aux féministes des XIXe et XXe siècles, comme le droit à l'éducation, l'égalité dans le mariage ou la critique de la misogynie.
Un impact durable
La parution de « Quel des deux sexes est le plus excellent » a suscité un vif intérêt médiatique. Plusieurs émissions de radio et de télévision lui ont consacré des reportages, et des débats ont été organisés dans des librairies parisiennes. Selon un sondage Ifop réalisé en juin 2026, 67 % des Françaises estiment que la découverte de ce texte est importante pour la mémoire du féminisme. L'ouvrage figure également dans la sélection du prix du Livre d'histoire des femmes, décerné chaque année par l'association Femmes & Sciences.
L'éditeur espère que cette publication encouragera d'autres recherches dans les archives pour exhumer des textes similaires, encore méconnus. « Il y a probablement des centaines de manuscrits oubliés qui pourraient changer notre vision de l'histoire des idées », conclut Marie-Élisabeth Henneau.



