L'écrivain Boualem Sansal révèle les raisons de son départ de Gallimard
L'écrivain Boualem Sansal, gracié en novembre dernier par le président algérien après une année de prison, a exposé mardi dans une tribune au Monde les motifs de son départ de la maison d'édition Gallimard. Selon lui, cette décision résulte d'une divergence fondamentale avec son éditeur historique concernant la gestion de sa situation durant sa détention en Algérie.
Une divergence née pendant l'incarcération
Dans son texte, l'auteur franco-algérien de 81 ans explique que Antoine Gallimard a opté pour une approche diplomatique pour le défendre, une stratégie qu'il comprend et respecte. Cependant, cette méthode ne correspondait pas à la ligne de résistance ferme qu'il a choisie face au régime d'Abdelmadjid Tebboune, qu'il qualifie de violent et cruel. Boualem Sansal insiste sur une position de principe : pas de soumission, pas de négociation, même au risque de rester en prison.
Les conséquences d'une grâce insatisfaisante
L'écrivain exprime son profond mécontentement quant à sa libération, obtenue par des démarches diplomatiques. Il aurait préféré un acquittement clair reconnaissant son innocence, plutôt qu'une grâce qui le laisse juridiquement condamné à cinq ans de prison, bien que libre de fait. De plus, il se retrouve exilé de son pays, privé de sa nationalité algérienne et empêché d'y retourner, une situation qu'il juge moralement et juridiquement inacceptable.
Un départ dans le respect mutuel
Malgré cette divergence, Boualem Sansal souligne que sa séparation avec Antoine Gallimard s'est faite dans le respect, les deux hommes se serrant la main en se disant sans rancune. L'annonce de son transfert chez Grasset a été officialisée vendredi dernier, lors de la célébration du 200e anniversaire d'Hachette Livre, dont Grasset fait partie. Hachette Livre, numéro un français de l'édition, appartient au portefeuille du milliardaire conservateur Vincent Bolloré.
Les implications pour l'édition française
Ce départ marque un tournant dans la carrière de Boualem Sansal, qui publiera désormais sous le label Grasset. Il illustre également les tensions potentielles entre les maisons d'édition et leurs auteurs sur des questions politiques et éthiques, surtout dans des contextes internationaux sensibles. L'affaire met en lumière les défis auxquels sont confrontés les écrivains engagés, cherchant à concilier leurs convictions avec les stratégies de leurs éditeurs.



