« Routes de l'impossible » : 20 ans d'aventures humaines
Routes de l'impossible : 20 ans d'aventures humaines

Le créateur et producteur des « Routes de l'impossible », Tony Comiti, ancien grand reporter à TF1, revient sur les vingt ans d'antenne de cette collection de documentaires. Un nouvel épisode, « Bangladesh, duel à tombeau ouvert », est diffusé ce vendredi à 21 heures sur France 5. Le programme, traduit en trente langues, rencontre un succès mondial.

Une longévité exceptionnelle

Tony Comiti explique cette longévité par une « vraie appétence du public » pour les programmes d'aventures et de découverte. « Les téléspectateurs se changent les idées », souligne-t-il. Il insiste sur la singularité du concept : « Il y a peu de reportages à l'étranger comme ceux des Routes de l'impossible, qui ne font pas de politique, ni de géopolitique. On filme les gens dans leur quotidien, et c'est certainement cet aspect qui plaît. »

L'idée est née à la fin des années 1980, lorsque Tony Comiti travaillait pour les magazines de TF1, où il a été grand reporter pendant dix-sept ans. Avec « 52 à la Une », il voyageait dans des régions improbables. Il se souvient : « Je filmais des gens qui attendaient un bus au bord d'une route pendant un ou deux jours afin de rentrer chez eux et qui ne se plaignaient jamais. Puis, lorsque je rentrais à Paris, les gens râlaient pour des retards dans le métro ou à l'aéroport. » Il s'est alors dit : « Montrons ce qu'il se passe ailleurs ». Il a convaincu France Télévisions de lancer le projet.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Le Bangladesh, « la guerre du Taka »

Le documentaire diffusé ce vendredi plonge au Bangladesh, un pays où « tout est concurrentiel, du fait d'une démographie extrêmement intense ». Tony Comiti parle de « la guerre du Taka », du nom de la monnaie locale. « Les gens prennent beaucoup de risques pour survivre. Par exemple, vous avez vingt bus qui partent pour le même trajet au même moment. Au Bangladesh, c'est chacun pour sa survie », décrit-il.

L'équipe a obtenu une autorisation pour filmer le quotidien d'enfants travaillant dans des usines de textile, alors que ces reportages se font souvent en caméra cachée. « On a eu affaire à un propriétaire indien d'une usine, on a pu voir des machines qui datent de 1952, qui refont des vêtements à partir de la toile de jute », raconte Tony Comiti. Les ouvriers, qui gagnent 100 € par mois et sont logés par l'usine, « sont assez fiers de montrer qu'ils ont un travail ». Des conditions qui, selon lui, « choquent » les téléspectateurs occidentaux.

Une fabrication en trois mois

La réalisation d'un documentaire des « Routes de l'impossible » demande environ trois mois de travail. Tony Comiti détaille : « Le plus souvent, nous travaillons avec deux JRI, deux réalisateurs cameramen, qui sont aidés par un fixeur sur place. Ce correspondant, qui nous obtient toutes les autorisations de tournage, connaît bien le pays, ce qu'on peut y faire et ne pas faire. » La préparation prend un mois, le tournage environ un mois, et le montage un autre mois.

Le choix des destinations se fait en fonction du danger potentiel, mais aussi des histoires humaines. « Parfois, une Route de l'impossible ne peut se faire que sur un kilomètre, dans un pays. Il faut qu'il y ait du danger, mais en amont, on se renseigne bien », explique le producteur. L'équipe est aussi à l'écoute des voyageurs, notamment ceux qui pratiquent le tracking. « Ce qui nous intéresse avant tout, ce sont les histoires des personnes que l'on rencontre », ajoute-t-il.

Des rencontres marquantes et un climat bouleversé

Tony Comiti se souvient d'une séquence au Honduras, où une femme et ses deux filles vivaient sous une bâche en plastique au bord d'une route. « La journée, elles remplissaient les nids-de-poule sur la route avec des cailloux et les gens leur donnaient une petite pièce », raconte-t-il. Cette séquence a bouleversé l'équipe et les téléspectateurs, au point qu'une cagnotte a permis de recueillir près de 18 000 € pour les aider.

Interrogé sur les deux journalistes et le fixeur détenus au Togo, Tony Comiti reste prudent : « Je ne fais pas de commentaires pour l'instant qui risqueraient de mettre en danger leur libération. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Les documentaires témoignent aussi des bouleversements climatiques. « On a rencontré des gens qui vivaient à 50 °C dans le désert. Puis, au moment où les reporters sont arrivés, il a plu des cordes pendant un mois », illustre-t-il. Les populations voient leurs modes de vie et de déplacement, hérités de leurs ancêtres, bouleversés. « Les Routes de l'impossible est une preuve par l'image du changement climatique », conclut-il.

Lundi à 21h05, France 5 diffusera « Burning Man, le désert de tous les possibles », produit par Tony Comiti. Il décrit ce rassemblement comme « le plus dingue de la planète », avec « pas moins de 80 000 personnes » qui viennent « faire la fête et assister à la mise à feu de Burning Man ». Ils y participent « afin d'abandonner un malheur, une rupture, un deuil », précise-t-il.