Daniel Rondeau achève sa trilogie avec 'Le Système de l'argent', une fresque sur la prédation financière
Rondeau clôt sa trilogie avec 'Le Système de l'argent'

Daniel Rondeau conclut sa trilogie du « Monde réel » avec une fresque sur la prédation financière

L'écrivain Daniel Rondeau achève sa trilogie contemporaine, celle qu'il qualifie du « Monde réel » en référence à Aragon, avec la publication de Le Système de l'argent. Cette œuvre fait suite à Mécaniques du chaos (2017), qui explorait les banlieues salafistes, et Arrière-pays, consacré à la ruralité blessée. Le nouvel opus plonge au cœur des mécanismes de la finance globale et de ses dérives.

Un scénario dystopique : la privatisation du monde

L'argument central du roman repose sur Alexander Smith, un milliardaire trentenaire de la Tech, décrit comme un mirliflore aurifère à la manière d'Elon Musk. Son projet ambitieux et inquiétant vise à créer sur la planète des enclaves touristiques sous forme de mini-régions entièrement privatisées. Il s'agit de s'emparer de territoires déshérités pour les transformer en paradis artificiels, une méga-version des « compounds » ou des « Sun City » réservés aux résidents fortunés.

Ces principautés 2.0 seraient équipées de domotique de pointe et de milices de surveillance, conçues pour supplanter des souverainetés nationales jugées obsolètes. La doctrine sous-jacente ? Une combinaison de globalisation effrénée, de dérégulation et de prédation économique, où le cynisme règne en maître, évoquant la « panmuflerie » prophétisée par Charles Péguy.

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Une cible symbolique : le Larzac balnéaire

Parmi les cibles de ce raid financier, un territoire du Sud-Ouest français sert de décor principal. Cette zone, comparée à un Larzac balnéaire, abrite quelques métairies survivantes et représente un espace riche de promesses platinées pour les prédateurs. C'est ici que l'intrigue se noue, mêlant enjeux locaux et dynamiques internationales.

Des personnages complexes : de l'idéalisme à la forfaiture

Pour mener à bien son projet, Alexander Smith recrute une équipe hétéroclite, où figure Luc Desanges, un septuagénaire au passé tumultueux. Ancien maoïste ayant travaillé en usine et participé à la révolution des Œillets au Portugal, Desanges a depuis abandonné ses idéaux pour devenir un courtier en livres anciens prospère, vivant entre Paris et l'archipel maltais.

Revenu de tout mais prêt à repartir, il pense avoir dépassé l'âge des scrupules. Séduit par le « Viagra financier » proposé par Smith, à l'image de ceux qui affluaient sur l'île maudite de Jeffrey Epstein, cet abjurateur d'idéaux embrasse une ultime forfaiture en vendant son âme à des perspectives aurifères. Le chaos engendré par ce raid lui offre même l'espoir d'un nouvel amour, mais le passé ressurgit inexorablement.

Une insurrection qui gronde

Alors que le projet de Smith avance, l'insurrection commence à gronder sur la terre des spoliés. Le roman devient ainsi une chronique d'un crépuscule, où Daniel Rondeau mobilise toutes les ressources de son orchestre littéraire. À travers une tapisserie chorale, une prose électrifiée et des portraits au vitriol, il tisse une grande fresque internationale rare dans la production française.

L'œuvre est tramée de souvenirs ressuscités et hantée par des abîmes évités, se transformant en un appel à l'insurrection de l'esprit. C'est une incantation à l'Ange salvateur, selon une eschatologie intime où l'ancien lecteur de Barrès fait convulser l'époque de Mark Zuckerberg.

Le Système de l'argent, de Daniel Rondeau, publié chez Grasset, compte 462 pages et est disponible au prix de 24 euros. Ce roman clôt une trilogie puissante qui interroge les fractures de notre temps avec une acuité remarquable.

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