Bordeaux pleure Roger Chotard, fondateur du Performance et du Troisième Soleil
Roger Chotard, figure des nuits bordelaises, s'est éteint

Bordeaux perd une figure majeure de sa vie nocturne

La scène culturelle bordelaise est en deuil. Roger Chotard, personnage emblématique des nuits musicales de la ville, vient de s'éteindre à l'âge de 71 ans. L'information a été rendue publique ce 13 février sur la page Facebook Bordeaux dans les 80-90's, suscitant une vive émotion parmi les amateurs de musique et les acteurs du milieu.

Le Performance : une révolution musicale dans les années 80

Roger Chotard restera dans les mémoires comme le fondateur du Performance, lieu mythique ouvert en 1984 au 6 rue Ramonet. Cet ancien chai, aménagé avec l'ex-disquaire Didier Martin et leurs compagnes, a rapidement bouleversé le paysage musical local. "Avec le Babylone, c'est le premier endroit à avoir concilié culture rock et clubbing", se souvient l'auteur Patrick Scarzello, évoquant un bar "démesuré""toute une faune s'y accolait".

Le Performance s'est imposé comme une salle intermédiaire essentielle, accueillant des concerts d'artistes renommés comme Aztec Camera, Inmates, Elliott Murphy, Rita Mitsouko, Jad Wio ou encore Ghetto Blaster, groupe formé par des musiciens de Fela Kuti. Mais sa particularité résidait surtout dans sa capacité à faire danser un public rock, une nouveauté à Bordeaux dans les années 80.

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Une programmation musicale audacieuse et visionnaire

"Sur les platines du Performance, on passait tous les nouveaux sons apparus après la vague punk, et très largement orientés vers les musiques blacks", explique Richard Berthou, ancien programmateur de Bordeaux Rock et Musical Écran. La programmation éclectique mêlait Prince, Sade, Afrika Bambaataa et même de l'acid house à la fin des années 80, témoignant d'une ouverture musicale rare pour l'époque.

Après avoir cédé le Performance en 1991 – qui deviendra le Sunset Boulevard – Roger Chotard a su anticiper les évolutions musicales en prenant le virage techno au début des années 2000 avec l'ouverture du Troisième Soleil, quai de Paludate.

Le Troisième Soleil : l'ère techno

Ce nouveau club innovait par ses horaires décalés : "On ouvrait de 5 heures du matin à midi en récupérant le public des autres clubs à leur fermeture, et on recevait jusqu'à 500 personnes", raconte William Martin, DJ résident avec Ianik Oncina. Au-delà de son sens des affaires, Roger Chotard était surtout reconnu pour sa passion authentique de la musique. "Quelqu'un de bien, chaleureux, passionné par la musique, contrairement à beaucoup de gérants qui s'intéressent d'abord à l'argent", témoigne William Martin.

Un héritage qui perdure

La mémoire de Roger Chotard reste vivace dans le Bordeaux contemporain. En 2016, lorsque le Performance a rouvert ses portes comme lieu de résidence de la compagnie hip-hop Rêvolution, son directeur artistique Anthony Egéa a jugé "évident" de conserver le nom historique. Cette décision symbolise l'empreinte durable laissée par Roger Chotard sur la vie culturelle bordelaise, dont il a façonné les nuits pendant près de deux décennies.

Son décès marque la fin d'une époque, mais son héritage musical continue d'inspirer les nouvelles générations d'acteurs culturels à Bordeaux.

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