Le décès d'une mémoire vivante de La Rochelle
Olga de Saint-Affrique, figure majeure des lettres et du protestantisme rochelais, s'est éteinte le 19 avril 2019 à l'âge avancé de 102 ans. Pendant près d'un demi-siècle, cette femme discrète mais profondément engagée a incarné la mémoire historique de La Rochelle, transmettant avec passion l'héritage culturel de sa ville d'adoption.
Une carrière dédiée aux livres et au patrimoine
« Lorsque j'ai débuté comme conservatrice à la bibliothèque municipale, je n'avais qu'une licence d'histoire. Je ne connaissais pas grand-chose. » Cette modestie caractéristique n'a pourtant pas empêché Olga de Saint-Affrique de devenir une référence incontournable. Elle entre à la bibliothèque municipale en 1937, alors installée à l'hôtel Crussol d'Uzès, et en prend la direction en 1944. Nommée conservateur en 1959 - le terme conservatrice n'était pas encore d'usage - elle occupera ce poste jusqu'en 1977.
Son engagement ne se limite pas aux murs de la bibliothèque. Présidente de l'Association des amis du Musée protestant et membre de l'Académie des belles-lettres, arts et sciences de La Rochelle, elle consacre sa vie à faire connaître l'histoire riche de sa ville. De Jean Guiton à Dupaty, d'Henri IV à Fromentin, elle fait revivre les personnages qui ont façonné La Rochelle.
Une famille profondément ancrée dans la vie rochelaise
Olga de Saint-Affrique appartient à une famille dont les racines rochelaises remontent à l'entre-deux-guerres. Son père, René-Bernard de Saint-Affrique, ingénieur centralien d'origine aveyronnaise, s'installe alors dans la région et entame une carrière politique qui le mènera à la mairie. Il remplace Auguste Moinard en 1951, conserve son fauteuil en 1953, avant de démissionner pour raisons de santé en 1958. Son fils, Francis de Saint-Affrique, tentera à son tour de conquérir l'hôtel de ville en 1977, mais se heurtera au maire sortant Michel Crépeau.
Contrairement à son père et son frère, Olga choisit délibérément de ne pas s'engager en politique, préférant la compagnie des livres et la transmission culturelle aux combats électoraux.
Un rayonnement international et des rencontres marquantes
Il y a encore quelques années, des visiteurs d'Allemagne ou des Pays-Bas venaient spécialement à La Rochelle pour consulter « Mademoiselle » de Saint-Affrique au Musée du temple protestant, sa deuxième maison. Cette petite-fille de pasteur accueillait également des personnalités de premier plan, comme en 2002 lorsqu'elle accompagna Elizabeth Bowes-Lyon, mère de la reine d'Angleterre, lors de sa visite officielle dans la ville.
Son engagement pour la mémoire historique se manifeste également lors des commémorations importantes, comme en 1998 lorsqu'elle organise les célébrations du 400e anniversaire de l'Édit de Nantes.
Un témoin privilégié de l'histoire contemporaine
Cinquante ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Olga de Saint-Affrique confiait au journal Sud Ouest un souvenir particulièrement marquant : la cérémonie du 25 janvier 1945, lorsque la nouvelle de la mort du maire Léonce Vieljeux était parvenue aux Rochelais. En pleine poche de La Rochelle, alors que les Allemands occupaient encore la ville, plusieurs milliers de personnes s'étaient rassemblées à la cathédrale et au temple, dont la jeune Olga.
En 1978, aux côtés du maire Michel Crépeau, elle inaugurait l'exposition sur le Grand Siège, témoignant de son engagement constant pour la valorisation du patrimoine rochelais.
Un héritage durable pour La Rochelle
« Elle a été une personnalité marquante de notre ville durant de nombreuses décennies », résume le maire Jean-François Fountaine. Arnaud Jaulin, adjoint à la culture, ajoute : « Grâce à elle, le Musée protestant a reçu le label Musée de France et a enrichi ses collections. En décembre dernier, nous avions parlé des travaux des quais et de l'hôtel de ville qu'elle suivait avec attention, notamment au travers du journal de La Rochelle et de la presse, encore très présente intellectuellement. »
Olga de Saint-Affrique incarnait selon lui « une période de La Rochelle qui s'était ouverte après-guerre et qui mêlait une forme de tradition, de sobriété et d'ouverture à l'autre ». Son décès marque la disparition d'un lien vivant avec l'histoire complexe et riche de cette ville portuaire, mais son héritage culturel et patrimonial continue de rayonner à travers les institutions qu'elle a tant contribué à enrichir et valoriser.



