Oh les beaux jours ! : la genèse d'un festival littéraire marseillais racontée par François Beaune
Oh les beaux jours ! : la genèse d'un festival à Marseille

Le festival Oh les beaux jours ! se déroulera du 26 au 31 mai à Marseille, célébrant sa dixième édition. L'écrivain François Beaune, invité de cette édition, retrace pour BibliObs la genèse de cette manifestation joyeuse et populaire.

Un contexte de renaissance culturelle

En 2014, Marseille sortait de l'événement « Marseille 2013, capitale européenne de la culture ». Si cette année avait vu la construction du Mucem et quelques beaux projets comme le GR13 du Bureau des Guides, elle avait laissé un goût amer aux acteurs culturels locaux. « On a eu l’impression d’assister à une fête décidée de l’extérieur, explique Nadia Champesme, codirectrice du festival avec Fabienne Pavia, d’une sorte de one-shot qui n’avait pas débouché sur grand-chose. »

Cette même année, Sébastien Cavalier, nouveau directeur des Affaires culturelles de la ville, commande une étude sur le livre et l'accès à la lecture. Le constat est catastrophique : « Notre retard était considérable, raconte Fabienne. Comparé à Lyon, Paris, Toulouse ou Bordeaux, on manquait drastiquement de bibliothèques, et il y avait très peu de librairies. » L'étude préconise la création d'une manifestation littéraire ambitieuse, sur le modèle d'Etonnants Voyageurs à Saint-Malo ou de la Comédie du Livre à Montpellier.

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Des acteurs locaux déterminés

Fabienne Pavia, éditrice des éditions Le Bec en l'air et présidente de l'association Editeurs du Sud, apprend qu'une proposition de festival venue de l'extérieur est dans les tuyaux. Elle contacte alors Nadia Champesme, directrice de la librairie Histoire de l'œil et présidente de Libraires du Sud. « On s'est dit qu'il fallait montrer à la ville qu'en termes de compétences on avait tout sur place », se souvient Nadia. Elles remportent un appel d'offres pour une étude de préfiguration.

Leur projet repose sur plusieurs piliers : des actions à l'année pour tous les publics, un ancrage dans des lieux prestigieux de la ville (le Zef, la Criée, le Mucem, la Friche, l'Alcazar, le Conservatoire), et une ambition de qualité pour séduire un large public. « Pour les éditeurs, Marseille est la ville où se vendent le moins de livres, raconte Nadia. Mais nous étions certaines qu'un large public pouvait être séduit par une offre de qualité. »

Des parcours personnels ancrés dans la culture

Fabienne Pavia, issue d'un milieu modeste, a toujours été passionnée par la lecture. Son père, comptable, la poussait à lire Montaigne dès 10 ans. Arrivée à Marseille à 11 ans, dans le quartier populaire du Frais-Vallon, elle a fait des livres ses amis. Après des études de journalisme à Paris, elle crée la maison d'édition Le Bec en l'air avec son compagnon.

Nadia Champesme, fille d'un relation publique pour les théâtres et d'une enseignante, a baigné dans les livres dès l'enfance. Après des études de lettres à Lille et une expérience au Festival d'Avignon, elle ouvre la librairie Histoire de l'œil à Marseille.

Un nom évocateur

Le nom du festival est trouvé lors d'un apéro brainstorming chez Fabienne. Jean-Pierre Moulères, auteur et commissaire d'expositions, propose « Oh les beaux jours ! » en hommage à Beckett, car le festival a lieu fin mai, aux beaux jours.

Un succès immédiat

Dès la première édition, le festival rencontre un engouement. « Notre première grande émotion, ça a été de voir la salle de la Criée pleine pour la rencontre avec Russell Banks », raconte Fabienne. Le public est divers, et les organisateurs sont convaincus que la littérature s'adresse à tous. Des artistes comme Reda Kateb, Patrick Boucheron ou Arthur H participent à l'aventure.

Un rôle éducatif majeur

L'association Des livres comme des idées, qui porte le festival, mène des actions éducatives toute l'année. « L'action culturelle, c'est plus de 50 000 Marseillais qui en ont bénéficié depuis dix ans, dont 35 000 jeunes », explique Fabienne. Des ateliers d'écriture, le prix des nouvelles des collégiens, et le dispositif Des livres à soi visent à développer l'accès au livre et à la lecture.

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Vincent Schneegans, président de l'association, souligne l'importance des modérateurs et des partenaires. Il évoque aussi les défis financiers : « La loi de finances 2026 a acté une baisse de 25 % sur l'aide au livre, et les budgets publics ne suffisent pas. »

Pour cette dixième édition, le festival publie un livret-guide intitulé « Le festival dont vous êtes le héros » (5 euros).

François Beaune, né en 1978 à Clermont-Ferrand, est entré en littérature avec « Un homme louche ». En 2025, il publie « La Profondeur de l’eau » sous le pseudonyme Jessica Martin. Le samedi 30 mai à 14h30, il participera à une rencontre intitulée « Vive l’éducation populaire ! » avec Marwan Mohammed, au Conservatoire Pierre Barbizet.