Nos héritages d'Anna Hope : une saga familiale anglaise qui déçoit
Nos héritages d'Anna Hope : une saga anglaise décevante

Nos héritages d'Anna Hope : une déception littéraire

Le décor est planté avec splendeur dès les premières pages : une propriété de 400 hectares dans le Sussex, abritant un manoir du XVIIIe siècle de style Greek Revival, avec un fronton en forme de temple, des pilastres et des colonnes palladiennes. Anna Hope s'est inspirée de Hammerwood Park pour créer cette maison de rêve. À l'origine, les jardins étaient l'œuvre du paysagiste Humphry Repton. Bien que la piscine et le court de tennis aient disparu, l'intérieur conserve des portraits des propriétaires signés Joshua Reynolds ou John Singer Sargent. Depuis le fondateur Oliver Brooke, sept générations se sont succédé. Le dernier patriarche, Philip Brooke, volage et caractériel, vient de décéder. À l'occasion de ses funérailles, sa femme Grace et leurs trois enfants, Frannie, Milo et Isa, vont régler leurs comptes.

Un succès commercial mais une critique mitigée

Avec près de 15 000 exemplaires vendus depuis début janvier, Nos héritages est l'un des rares livres étrangers à surnager actuellement. Les critiques sont élogieuses, mais la lecture s'avère décevante. En attaquant les 444 pages du roman, on espérait retrouver l'esprit de Downton Abbey ou d'Au plaisir de Dieu de Jean d'Ormesson, qui s'était inspiré du château de Saint-Fargeau. Anna Hope cite en exergue Vita Sackville-West, mais elle n'a pas le tour d'esprit distingué de cette âme sœur de Virginia Woolf, ni le don poétique de Kazuo Ishiguro, capable d'insuffler une mélancolie poignante comme dans Les Vestiges du jour.

De plus, il y a tromperie sur la marchandise : les critiques ont souvent parlé d'une chronique de l'aristocratie anglaise, mais Anna Hope écrit noir sur blanc page 249 que les Brooke n'ont jamais été nobles. Ce sont des bourgeois vénaux qui ont fait fortune de façon immorale dans les années 1780. Au lieu d'une saga émouvante sur des patriciens, le lecteur se retrouve plongé dans les turpitudes de parvenus.

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Des personnages complexes et un passé trouble

En 1976, un festival considéré comme le Woodstock britannique a eu lieu dans le domaine des Brooke. Philip n'était alors qu'un fils-à-papa hippie, et son ami Ned lui servait de charpentier, menuisier et dealer. Un demi-siècle plus tard, Ned habite toujours sur place dans un bus, et son fils Jack hante les lieux. Entre les châtelains et les squatteurs, des liaisons secrètes ont eu lieu, et tout le monde est malheureux. Grace est une douairière amère, Frannie une belle âme écolo qui réensauvage les terres, et Milo une épave férue de médecines parallèles, rêvant d'un centre de soins à la psilocybine.

Dans la deuxième moitié du roman, un coup de théâtre survient avec l'arrivée de Clara d'Amérique, qui révèle les ressorts ténébreux de l'enrichissement d'Oliver Brooke, impliquant le commerce triangulaire. On flirte un moment avec l'univers de Philip Roth, mais Clara s'avère être une disciple de Patrick Boucheron, et Anna Hope est trop manichéenne pour son sujet.

Une quête littéraire incertaine

Plus on avance dans Nos héritages, moins on comprend ce que cherche la romancière. Voulait-elle se moquer de deux générations de bourgeois de gauche, les boomers comme Philip et les bobos comme ses héritiers quadras ? Aucun personnage n'est vraiment sympathique. Ce fiasco littéraire met en lumière la grandeur d'un autre écrivain : Jean d'Ormesson, dont on va relire Au plaisir de Dieu avec un nouvel intérêt.

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