Nicolas d'Estienne d'Orves plonge dans la luxure avec 'La Reine de mai'
Nicolas d'Estienne d'Orves, écrivain au style unique mêlant gauloiserie aristocratique et efficacité à l'américaine, revient avec La Reine de mai, son nouveau roman. Après L'Île de l'orgueil, ce livre constitue le deuxième épisode d'une saga ambitieuse sur les sept péchés capitaux, publiée chez Albin Michel. Inspirant déjà la littérature contemporaine – il a servi de modèle au personnage d'Antonin de Quincy d'Avricourt dans Le Mal joli d'Emma Becker –, l'auteur confirme ici sa place dans le paysage littéraire français.
Un roman entre polar et fantastique
La Reine de mai s'ouvre sur une scène de crime à la Bernard Minier, avec sept cadavres de femmes découverts dans une cave. Très vite, cependant, l'élégance stylistique de d'Estienne d'Orves prend le dessus, entraînant le lecteur vers le fantastique. Au cœur de l'intrigue, Tobias Gantzer, un expert en tableaux anciens et faussaire de génie, évoquant Barbey d'Aurevilly ou Salvador Dali. Il cache une toile magique, rappelant Le Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde ou Le Cas de Charles Dexter Ward de Lovecraft, ajoutant une dimension surnaturelle au récit.
Les péchés capitaux : un projet sans ordre établi
Dans un entretien, Nicolas d'Estienne d'Orves explique son approche de la série sur les péchés capitaux. Il n'y a pas d'ordre établi, affirme-t-il, voulant éviter le format feuilleton. Chaque roman peut être lu indépendamment, les histoires se complétant sans se suivre. La luxure s'est imposée naturellement, non par goût pour le sulfureux, mais parce que l'idée d'un tableau hanté le titillait particulièrement. Il évoque aussi la gourmandise, futur sujet d'un roman plus complexe, proche du thriller scientifique et de la politique-fiction.
Luxure, gastronomie et mauvais goût
Interrogé sur les liens entre luxure et gastronomie, l'auteur, fin gourmet, répond avec humour. La luxure n'est que ce que votre imagination vous dicte, dit-il, évoquant caviar et abats comme métaphores sensuelles. Sur le mauvais goût, qu'il a exploré dans des livres précédents, il le divise en deux camps : celui qu'il adore, comme les andouillettes, et celui qu'il déteste, comme les zones commerciales. La luxure, selon lui, transcende ces catégories, dépendant de l'imagination et du partage.
Art, opéra et érotisme
D'Estienne d'Orves réfléchit aussi au rôle des arts dans la représentation de la luxure. Comparant le tableau de La Reine de mai au film de Ce que l'on sait de Max Toppard, il voit dans les deux une fenêtre vers des mondes parallèles. Pour l'opéra, sa passion, il cite Wagner, dont la musique traduit le feu des sens, tout en reconnaissant que la perception varie selon les sensibilités. Sur l'écriture érotique, il loue la maîtrise de sa compagne Emma Becker, préférant lui laisser ce domaine, car son roman traite plutôt de l'impuissance et de la folie.
Perspectives historiques et contemporaines
Évoquant ses biographies, il juge Offenbach et Arletty comme les plus luxurieux, pour leur joie de vivre. Sur la luxure aujourd'hui, il note que les séducteurs ont mauvaise presse, mais défend un libertinage basé sur le plaisir partagé, différent de la prédation du XVIIIe siècle. Dans la fiction, tout est possible, conclut-il, soulignant l'importance des univers parallèles pour explorer les aspects les plus sombres de la luxure.
La Reine de mai de Nicolas d'Estienne d'Orves, publié chez Albin Michel, offre ainsi un divertissement distingué, mêlant crime, fantastique et réflexions profondes sur la nature humaine.



