Nicolas Delesalle, le reporter qui a vu trop de morts
La majorité d'entre nous ignore le son des explosions et n'a jamais contemplé de cadavres en dehors des salons funéraires. Cette réalité est étrangère à Nicolas Delesalle, grand reporter pour Paris Match, qui a accumulé au fil des années un lourd tribut de morts et de souffrances. Pourtant, pour une raison qui lui semble de plus en plus obscure, il persiste à parcourir les zones de conflit à travers le monde, son carnet de notes toujours à portée de main.
Un récit de vérité et de lassitude
Dans son cinquième ouvrage, L'art du ricochet, Delesalle atteint des sommets de sincérité, dépassant même la profondeur de ses précédents récits. « Je suis las. La vie est une suite de renoncements. J'ai vieilli, j'ai 52 ans, j'aime me balader chez Truffaut, je n'ai plus beaucoup de temps et le meilleur est passé », confie-t-il avec une franchise déchirante. Ce livre capture un moment crucial où, quittant l'Ukraine pour regagner Paris via la Moldavie, son voyage prend une tournure inattendue.
L'arrestation et le flux des souvenirs
Rien ne se déroule comme prévu lorsque deux policiers l'arrêtent pour un motif obscur. Dans la voiture qui l'emmène vers une destination incertaine, Delesalle laisse défiler ses souvenirs. Il évoque avec une intensité poignante le reportage qu'il vient d'effectuer en Ukraine : des hommes au front, déchiquetés et épuisés, des femmes vaillantes face à l'adversité, des enfants déboussolés par la violence. Parallèlement, il revisite les jalons de sa vie personnelle, mêlant pêle-mêle ruptures, naissances, trahisons et deuils.
L'humour comme bouclier contre l'horreur
Avec un humour forgé dans les larmes, Delesalle oppose à la dureté de l'existence des punchlines désopilantes et des images universelles. « On croit que la vie est belle. “Oh, pas tant que ça”, répond la vie dans un rictus effrayant », écrit-il. Il illustre cette résilience par une métaphore touchante : comme un caillou qui apprend à rebondir sur l'eau, les coups de mou se transforment en pirouettes gracieuses. Ce livre, publié aux éditions JC Lattès (251 pages, 20,90 €), est bien plus qu'un simple témoignage de guerre ; c'est une méditation profonde sur la condition humaine, la mort et la capacité à trouver de la beauté au cœur du chaos.



