L'écrivain japonais Haruki Murakami, figure majeure de la littérature contemporaine, a confié que l'écriture lui était « tombée dessus de manière inattendue, comme un coup de tonnerre dans un ciel serein ». Cette révélation, faite lors d'un entretien publié dans le cadre d'une série d'été du Monde, éclaire d'un jour nouveau les origines de sa vocation.
Une révélation lors d'un match de baseball
Murakami, aujourd'hui âgé de 75 ans, a expliqué que son déclic s'est produit en 1978, alors qu'il assistait à un match de baseball au stade Jingu de Tokyo. « J'étais dans les tribunes, et soudain, sans raison particulière, j'ai ressenti le besoin d'écrire un roman », a-t-il raconté. Cette impulsion, venue de nulle part, a marqué le début d'une carrière prolifique, couronnée par de nombreux prix internationaux, dont le prix Princesse des Asturies en 2023.
L'auteur de « Kafka sur le rivage » a détaillé son processus d'écriture, qu'il compare à une exploration souterraine. « Quand j'écris, je descends dans une grotte profonde, et je ne sais jamais ce que je vais y trouver », a-t-il déclaré. Cette méthode, qui privilégie l'instinct à la planification, explique la richesse onirique de ses récits, peuplés de chats, de puits et de mondes parallèles.
Une discipline quotidienne rigoureuse
Malgré l'apparente spontanéité de son inspiration, Murakami a insisté sur la rigueur de son quotidien. « Je me lève à quatre heures du matin et j'écris pendant cinq heures, sans interruption », a-t-il précisé. Cette discipline, empruntée aux marathoniens qu'il admire, lui permet de maintenir un rythme de publication régulier : plus de quinze romans, des centaines de nouvelles et plusieurs essais en près de quarante-cinq ans de carrière.
L'écrivain a également évoqué son rapport à la traduction, qu'il pratique lui-même pour les auteurs américains comme Raymond Carver ou F. Scott Fitzgerald. « Traduire, c'est comme conduire une voiture : il faut regarder le rétroviseur tout en avançant », a-t-il comparé. Cette activité, qu'il considère comme un « entraînement » pour sa propre prose, a profondément influencé son style, fait de phrases courtes et d'une précision chirurgicale.
Un héritage littéraire mondial
À l'occasion de la parution de son dernier roman, « La Cité et ses murs incertains », Murakami a confirmé qu'il ne comptait pas ralentir. « Tant que j'aurai des histoires à raconter, j'écrirai », a-t-il affirmé. Ses œuvres, traduites dans plus de cinquante langues, continuent de fasciner des millions de lecteurs, du Japon aux États-Unis, en passant par la France, où il est l'un des auteurs étrangers les plus vendus.
L'entretien, réalisé en marge d'une exposition consacrée à son œuvre à la Bibliothèque nationale de France, a également permis à Murakami de revenir sur ses engagements, notamment son opposition au nucléaire après la catastrophe de Fukushima en 2011. « Un écrivain doit être un témoin de son époque », a-t-il conclu, avant de retourner à son bureau, où l'attendait déjà son prochain manuscrit.



