L'écrivain voyageur Cees Nooteboom s'est éteint à l'âge de 92 ans
L'auteur néerlandais Cees Nooteboom est décédé mercredi 11 février à Minorque, en Espagne, à l'âge de 92 ans. Écrivain baroudeur et polyglotte, il laisse une œuvre littéraire marquée par le nomadisme et une fascination profonde pour les lieux de mémoire. Sa disparition a été annoncée par plusieurs médias culturels, rappelant l'importance de son parcours artistique unique.
Une passion singulière pour les sépultures d'écrivains
Nooteboom était particulièrement connu pour son attachement aux cimetières où reposent les grands auteurs. Avec sa femme, la photographe Simone Sassen, il a parcouru le monde pendant des décennies pour visiter les tombes des écrivains illustres. Le couple préférait, selon ses propres mots, « la compagnie des morts illustres à la fréquentation de contemporains mortellement ennuyeux ».
Leur collaboration a donné naissance en 2009 à l'ouvrage « Tumbas », publié chez Actes Sud. Ce beau livre de 256 pages mêle textes littéraires de Nooteboom et photographies de Sassen, créant un carnet de voyage poétique à travers les nécropoles du monde entier.
« Tumbas » : un pèlerinage littéraire à travers les continents
Dans cet ouvrage, le couple documente ses rencontres avec une centaine d'écrivains disparus. Le livre se présente comme un hybride entre carnet d'aventures, journal de lecture, tombeau littéraire et guide de voyage. Il capture l'atmosphère unique de chaque sépulture, des objets déposés sur les tombes aux inscriptions énigmatiques.
Parmi leurs pèlerinages les plus marquants :
- L'ascension du mont sacré Vaea aux îles Samoa pour le mausolée de Robert Louis Stevenson
- La visite de la tombe de Yukio Mishima au Japon
- Le recueillement sur la sépulture de Carlos Drummond de Andrade à Rio de Janeiro
- L'hommage à Herman Melville à New York
- L'admiration des vues maritimes dont jouissent les tombes de Chateaubriand, Paul Valéry et Pablo Neruda
La voix des morts et les injustices posthumes
Nooteboom décrivait avec sensibilité les conditions parfois difficiles des écrivains dans leur repos éternel. Il évoquait « les plaintes » qu'il percevait lors de ses visites : Leopardi toussant à cause de la pollution napolitaine, Goethe et Schiller transis dans leur crypte sombre de Weimar, ou Flaubert étouffant sous l'étreinte symbolique de son père.
L'écrivain pointait aussi les ironies posthumes, comme Baudelaire écrasé sur sa stèle commune par les titres militaires de son beau-père, ou les écrivains dominés par la statue méprisante de Sainte-Beuve au cimetière du Montparnasse.
Un héritage littéraire unique
Cees Nooteboom laisse une œuvre diverse comprenant romans, récits de voyage et poésie. Ses livres comme « le Jour des morts », « Perdu, le paradis » ou « les Dieux dormants » témoignaient déjà de sa fascination pour la mort et la mémoire avant même son engagement taphophilique.
Son approche littéraire était celle d'un « bénévole des cimetières » selon l'expression de Jérôme Garcin, travaillant à « faciliter la réinsertion des morts dans nos bibliothèques ». Nooteboom encourageait les vivants à lire les disparus, considérant chaque visite comme un acte de résurrection littéraire.
L'article original « A tombeau ouvert » avait été publié dans Le Nouvel Observateur du 3 décembre 2009, chroniquant la parution de « Tumbas ». La disparition de Cees Nooteboom marque la fin d'un chapitre unique dans l'histoire littéraire contemporaine, celui d'un écrivain qui faisait dialoguer les vivants avec les grands auteurs du passé à travers la médiation des pierres tombales.



