Mélissa da Costa plonge dans les ténèbres du cirque avec 'Fauves'
Avec Fauves, Mélissa da Costa, la romancière la plus lue de France et traduite dans 40 pays, signe un nouveau best-seller qui explore la violence la plus primitive sous toutes ses formes. Un roman sombre et hypnotisant, impossible à lâcher, qui nous entraîne dans les coulisses d'un cirque itinérant des années 80.
Les origines d'un roman sur la violence
Quelle est l'origine de ce neuvième roman ? « Cela fait très longtemps que je voulais écrire un roman sur la violence et ses racines dans l'enfance », confie l'autrice. « Puis, un jour, j'ai lu à mon fils un livre illustré sur le cirque, et j'ai su que je tenais mon cadre, notamment grâce aux pages sur les dompteurs. »
Elle imagine alors Tony, un jeune garçon de 17 ans issu d'une famille dysfonctionnelle, qui fuit sa violence pour trouver une seconde famille dans un cirque et se passionner pour les fauves. « Qu'est-ce qui peut pousser un individu à se confronter chaque jour à des fauves ? Qu'a-t-il besoin de ressentir ? »
Le choix du cirque à l'ancienne
Pourquoi avoir opté pour un cirque familial et itinérant ? « Cirque à l'ancienne signifiait premièrement cirque familial, un endroit où se côtoient quatre ou cinq générations », explique Mélissa da Costa. « Il était important que Tony rencontre une seconde famille et se sente intégré à un autre clan. »
L'itinérance correspondait aussi à son besoin de liberté et à son refus d'enracinement. « J'avais besoin d'éprouver les corps, notamment celui de Tony, avec un travail dur, à l'ancienne, dans la sueur et le sang. »
Une histoire ancrée dans les années 80
L'autrice a choisi les années 80 car il fallait que son héros se confronte aux fauves, aujourd'hui presque absents des cirques. « En 2028, il n'y aura plus d'animaux sauvages et exotiques », note-t-elle. De plus, cette époque plus authentique permettait une rupture radicale avec le passé, sans l'atténuation des téléphones portables et réseaux sociaux.
« Le cirque me paraît surtout intéressant dans sa dualité : la partie spectacle avec la joie exagérée, les paillettes, et la partie de l'ombre, plus sombre, le travail difficile, les relations familiales qui enferment. »
La violence systémique et le patriarcat
Derrière le combat intérieur de Tony, se cache une critique du virilisme et du patriarcat. « Il est en effet beaucoup question de la masculinité toxique et du patriarcat. De la place des femmes. De misogynie clairement assumée », affirme Mélissa da Costa.
Mais la violence dépasse ces aspects. « Ce dont je voulais parler, c'est de notre société basée sur la domination, de la violence qui y règne et s'y transmet à tous les niveaux – violences éducatives, conjugales, contre les animaux, économiques et sociales. »
La violence dans ce roman est partout, reflétant la violence systémique de notre société : l'oppression et l'exploitation du plus faible.
La tragédie et le déterminisme
Pourquoi mener Tony à la tragédie ? « J'ai pu constater qu'il y a quelque chose de plus fort qui régit les destinées humaines : le déterminisme », révèle l'autrice, évoquant son travail auprès de jeunes en difficulté. « L'emprise de l'enfance, du passé sont parfois plus grandes. »
En intégrant l'arène des fauves, Tony rejoue le jeu de la domination, sans issue de rédemption possible. « La violence n'engendre en retour que la violence, c'est un cercle perpétuel et tragique. »
Le parallèle avec les fauves
Les scènes avec les fauves établissent un parallèle saisissant avec la domination masculine. « La posture du dresseur/de l'homme dans la société : il 'protège' l'animal, en prend soin… à condition que l'obéissance soit présente », analyse Mélissa da Costa.
Ce mélange de violence et d'affection se retrouve dans les relations parents-enfants ou hommes-femmes. « Les fauves nés en cage sont plus faciles à dompter, les femmes confinées à l'espace de la roulotte sont plus faciles à maintenir soumises. »
Au final, qui sont les fauves ? L'animal dont la violence est physique, ou les hommes dont la violence est calculée pour assouvir une volonté de domination ?
Un travail de documentation approfondi
Pour se mettre à la place des fauves et des dompteurs, Mélissa da Costa s'est appuyée sur des ouvrages de circassiens comme Jim Frey, ainsi que des archives audiovisuelles de l'INA. Elle a aussi étudié le fonctionnement des familles du cirque, les mariages, l'endogamie, et la transmission des savoirs.
Une évolution littéraire assumée
Avec ce roman brutal, Mélissa da Costa s'éloigne de son livre précédent. « Juste mon envie et mon inspiration ! Ma progression d'autrice tout simplement », explique-t-elle. « Je prends confiance, et le fait d'être très lue me donne la liberté de me permettre des pas de côté. »
Fauves, éditions Albin Michel, 23,90 euros, 484 pages, est disponible dès maintenant.



